CELEBRITES DECIZOISES ET LEOGARTIENNES :

 

Albert Mahaut, organiste,

responsable de l'Institut Valentin-Haüy et écrivain.

 

            Albert Mahaut est l'un des trois enfants d'Auguste Mahaut, l'apôtre des canaux [1]. Il est né aveugle à Saint-Léger-des-Vignes le 13 février 1867, où son père était alors l'agent de plusieurs sociétés de navigation.

            En 1877, il est placé à l’Institut des Jeunes Aveugles de Paris. Comme Gabriel Monnot, Albert Mahaut trouve dans la musique un moyen d'expression qui lui permet de surmonter son infirmité. Elève de César Franck (dont il a rédigé une petite biographie), il est professeur à l'Institut qui l’a accueilli ; deux de ses élèves deviennent des organistes et compositeurs de renommée internationale : Jean Langlois et Adolphe Mahieux. Il est nommé organiste à l'église Saint-Pierre de Montrouge en 1892, puis à l'église Saint-Vincent-de-Paul, où il succède au compositeur Léon Boëllmann. Les spécialistes de l'orgue s'enthousiasment pour le talent d'Albert Mahaut. Son concurrent Louis Vierne écrit : "Sujet tout à fait remarquable, d'une intelligence aiguë, cultivé, avec des dons exceptionnels de virtuose et une grande facilité d'improvisation". Appréciation similaire de G. de Boisjoin: "Son jeu délié et sympathique séduit de suite et frappe par son élégance et sa correction [2]."

 

            Albert Mahaut s'engage dans la promotion de l'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles. Ses récitals financent des oeuvres de cette association. En 1909, Albert Mahaut quitte l'orgue de Saint-Vincent-de-Paul pour se consacrer entièrement aux jeunes aveugles. Le général Balfourier, président de l'Association, le place à la tête du patronage des travailleurs ; il effectue de longs voyages à travers la France, la Suisse, l'Allemagne, l'Algérie et la Tunisie, afin d'aider à l'insertion des aveugles dans la vie professionnelle. A Rennes, il rencontre Mlle de Geyer, avec qui il écrit en 1925 un petit livre sur l'Association Valentin-Haüy; il préconise de créer des écoles spéciales avec internats et des groupes régionaux d'aide aux aveugles [3]. La musique revêt, bien sûr, une grande importance dans la pédagogie des typhlophiles (néologisme signifiant amis des aveugles). Albert Mahaut devient vice-président de l'Association.

 

            L'oeuvre maîtresse d'Albert Mahaut est un recueil de préceptes et de réflexions intitulé Le Chrétien, homme d'action, publié en 1923 [4]. Le livre commence par une phrase de la Genèse : "Qu'as-tu fait de ton frère ?" (paroles de Dieu à Caïn après l'assassinat d'Abel). Albert Mahaut s'adresse à des jeunes gens de vingt ans, au coeur rempli de "mille désirs et mille espoirs". Il leur propose une action humanitaire, solidaire, purifiée par la foi, réglée, pacifiée, au service d'un idéal religieux. Ce livre s'inscrit dans le courant du catholicisme social qui se développe dans les années vingt : en France, le Sillon de Marc Sangnier, la Fédération Nationale Catholique présidée par le général de Castelnau, en Belgique l'Action Catholique et surtout la Jeunesse Ouvrière Chrétienne de l'abbé Cardjin, qui essaimera par la suite dans toute l'Europe et dans tous les milieux sociaux. Albert Mahaut donne des auditions à Nevers en 1932 ; il meurt en mars 1943 [5].

            Son frère Francisque Mahaut, directeur d'école dans la région parisienne, est l'auteur d’un recueil de poèmes, Neiges d'antan [6].

RETOUR

[1]   Pierre Volut, Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, p. 153.

[2]   Site Internet sur les organistes du début du XXe siècle.

[3]  Albert Mahaut et Mlle de Geyer, L'Association Valentin-Haüy pour le Bien des Aveugles, Caen, Imprimerie caennaise, 1925. Valentin Haüy (1745-1822), interprète du roi,  a créé la typographie en relief et fondé l'Institut Royal des Enfants Aveugles en 1786. L'Association qui porte son nom a été fondée en 1889 par Maurice de la Sizeranne.

[4]   Albert Mahaut, Le Chrétien, homme d’action, Paris, Perrin, 1923.

[5]   Nécrologie parue dans le journal Paris-Centre, mercredi 24 mars 1943 ; article de Georges Kraemer, Le Journal du Centre, 12 mars 1952.

[6]   Francisque Mahaut, Neiges d’antan, Vierzon, 1897-1900.