CELEBRITES DECIZOISES :

 

ANNE CHARLOTTE ALIXAND

 

            Née à Decize le 28 février 1758, Anne Charlotte Alixand a connu une vie très mouvementée.

            Son père était Pierre Robert Alixand de Mousseaux, licencié en droit, juge au présidial de Saint-Pierre-le-Moûtier, notable decizois et riche propriétaire foncier à Decize, Nevers et Garchizy. Sa mère, Jeanne Marguerite Amiot, descendait d’une famille aisée implantée à Autun et Moulins-Engilbert.

 

Le fief du Mouceau, près de Villecourt.

 

            La rencontre d’un grand seigneur aux Eaux de Pougues va changer subitement la fortune de cette fille de petits hobereaux nivernais.

            Au début de l’année 1777, Pierre Robert Alixand obtient un brevet de conseiller du Roi en la Capitainerie des Chasses du Louvre. Celui qui lui a permis cette promotion est le duc Louis César La Baume Le Blanc de La Vallière, familier de Louis XV et organisateur de ses chasses.

            Le Duc de La Vallière « protège » Pierre Robert Alixand ; il a aussi des vues sur la jeune Anne Charlotte, qui est placée dans un couvent parisien, au Petit-Luxembourg, dans l’attente d’un « mariage avantageux ». A la lecture d’un important courrier que le Duc a adressé à l’adolescente pendant un an et demi, il semble que la protection se soit transformée en liaison amoureuse.

            Le Duc de La Vallière meurt en novembre 1780. Une clause de son testament assure une rente annuelle de 3000 livres à son « bel enfant »…

 

            Février 1781 : Anne Charlotte est à Nevers. Enceinte, non pas du duc, mais d'un jeune officier de cavalerie, le comte Jean-Baptiste Charles Trutié de Varreux. Comme le mariage est contrarié par les deux familles, le jeune couple s’enfuit à Paris, mène une vie de plaisirs et dépense follement. Scandale. A la suite de l’intervention de l’abbé Septier de Rigny (ami des Alixand) et du chantage de Jean Dominique Chaillot (tuteur de la jeune femme), le mariage est conclu discrètement à Paris. L’enfant meurt peu après la naissance.

            Anne Charlotte et son époux vivent quelques années dans le Nivernais. Le comte Trutié de Varreux devient lieutenant-général de la châtellenie de Decize, il fréquente la loge maçonnique de Nevers, il fait rédiger d‘énormes terriers, afin de vérifier et affirmer ses droits. Son épouse donne le jour à cinq enfants, trois garçons et deux filles.

            Mai 1789 : Jean-Baptiste Charles Trutié de Varreux part à Saint-Domingue, où il a hérité de plusieurs plantations. Il ne reviendra jamais à Decize. Il faudra attendre 1818 pour qu’Anne Charlotte apprenne par l’un de ses fils que Jean-Baptiste Charles vit à Londres, remarié avec une Anglaise, et qu’il a passé de longues années à faire de l’espionnage au service de Sa Majesté Britannique.

            Décrété émigré, le ci-devant comte Trutié de Varreux est condamné à mort par contumace ; ses biens sont mis sous séquestre ; pour échapper à l’accusation de complicité, Anne Charlotte divorce le 10 octobre 1793 (c’est la première épouse divorcée de Decize). Ses fermes, ses meubles, sa vaisselle ont été vendus aux enchères, au profit du district de Decize ; dans sa maison de la Grand’Rue ou au domaine de Villecourt, elle doit élever ses enfants avec l’infime pension que lui versent les autorités révolutionnaires.

 

 

            Mars1802 : la citoyenne Anne Charlotte Alixand, épouse divorcée de l’émigré Dewarreux [sic], transmet au tribunal correctionnel de Nevers un important dossier, l’Exposé général des faits, torts et griefs qu’elle reproche à son gendre Pierre Schmidt et à Alexandre Schmidt, frère du précédent.

            Sa fille Louise Françoise Aglaé a épousé en l’an VI un homme « supposé riche », Pierre Schmidt, héritier de la Verrerie de Fours. En réalité Pierre Schmidt était dépensier, vantard, profiteur. Très rapidement, il a voulu mettre la main sur les derniers biens de sa belle-mère. Il a multiplié les prétentions, les insultes, les menaces, organisant même deux attentats qui auraient pu tuer Anne Charlotte. Alexandre Schmidt, son frère, non content de piller le domaine Villecourt, a tenté de séduire Anne Charlotte puis répandu des bruits infamants…

            Le mémoire rédigé par l’avocat Blondat a été considéré par les critiques comme une véritable œuvre littéraire [Cf. Guy Thuillier, Les Auteurs Nivernais]. La succession des malheurs subis par Anne Charlotte Alixand et les manigances des frères Schmidt sont dignes de certains romans de Balzac. L’auteur du mémoire a écrit de sa cliente : « Elle était faite pour orner les pages de l’histoire romaine ».

            Les tribulations d’Anne Charlotte Alixand ne se sont pas arrêtées à ces longs procès. Pendant les guerres napoléoniennes, ses trois fils ont été mobilisés ; deux sont morts au combat, le troisième, Joseph Hippolyte est revenu à Decize, où il a exercé quelque temps la profession d’instituteur public.

            Après une vie consacrée aux combats judiciaires de toutes sortes, Anne Charlotte Alixand « modèle des femmes fortes » est morte à Decize le 23 juillet 1845 ; elle avait 85 ans.  

 

 

Bibliographie :      

- Pierre VOLUT, Decize, le Rocher et la Révolution, chapitre

- Pierre VOLUT, Anne Charlotte Alixand, Mémoires de la Société Académique, tome LXXVII, 2002, pp. 47-80.

        * Archives Départementales de la Nièvre, 1 E 2, 1 Q 1576, 3 U 1423...

 

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