CELEBRITES LOCALES :             

Jean-Marie Clamamus,

                  la carrière politique mouvementée d'un Léogartien.

 

            Deux branches très différentes d'une même famille [1].

            Né le 27 juillet 1879 à Saint-Léger-des-Vignes, Jean-Marie Clamamus était le fils de Gilbert Antoine Clamamus, âgé alors de 28 ans, cafetier au bourg de Saint-Léger, et d'Anne Moreau, 24 ans. Le couple avait déjà donné naissance à une fille, Caroline (le 6 juillet 1878), décédée en bas âge (le 7 septembre 1878). Veuf quelques années plus tard, Gilbert Antoine, dit Jules Clamamus s'est remarié le 14 octobre 1883 avec Marie Gros, elle aussi veuve. A ce moment-là, Gilbert Antoine Clamamus était employé de chemin de fer.

            Gilbert Antoine Clamamus, né à Saint-Léger le 5 mars 1851, était le fils d'Antoine Clamamus, journalier, et de Jeanne Bougnat (ou Bougniat) ; ceux-ci se sont mariés à Saint-Léger le 14 mai 1833. Il est possible de remonter encore trois générations à Saint-Léger ou dans les environs. Les parents d'Antoine se nommaient Etienne Clamamus, lui aussi journalier, et Jeanne Commaille (famille de commerçants en charbons). Les parents d'Etienne, Jean Clamamus et Benoîte Audin, se sont mariés le 27 juillet 1776 à Neuville-lès-Decize. Blaise, le père de Jean Clamamus avait épousé Françoise Large.

 

            D'autres branches de la famille Clamamus ont vécu à Saint-Léger, Decize, La Machine et dans des villages voisins. Deux fils d'Antoine Clamamus et de Jeanne Bougnat ont réussi une ascension sociale exceptionnelle. Jean-Michel (né le 24 novembre 1848 et décédé le 9 janvier 1897) exerçait l'emploi de comptable à la Verrerie de Saint-Léger ; son frère Jean-Marie (né le 29 mars 1859) était secrétaire de la sous-inspection des Forges du Centre lorsqu'il a épousé Anne-Marie Carré.

            La Verrerie appartenait alors à la Compagnie Schneider. En 1879 - année de naissance de l'autre Jean-Marie Clamamus - Schneider céda la Verrerie à Jean-Michel Clamamus. Celui-ci avait deux enfants, Charles-Antoine (mort célibataire à l'âge de 30 ans, le 7 juin 1901), et Anne-Louise (née le 14 septembre 1874 à Saint-Léger), qui a épousé le docteur de Burine, médecin-major du 13e R.I., en garnison à Decize. Par cette alliance, la Verrerie est devenue la propriété de la famille de Burine, jusqu'à la Première Guerre mondiale: la Verrerie de Saint-Léger était alors l'usine de repli des Verreries Champenoises Charbonneaux, toutes les deux fabriquaient des bouteilles pour le champagne. Les deux entreprises fusionnèrent en 1918 ; en 1931, la société passa dans le groupe Souchon et Neuvesel, qui décida la fermeture de la Verrerie de Saint-Léger.

 

            De Saint-Léger à Bobigny [2].

            Après l'école primaire supérieure  de Decize, Jean-Marie Clamamus suit des études de droit commercial. Certainement aidé par ses deux petits-cousins de la Verrerie, il devient comptable, puis directeur commercial et expert-comptable dans des entreprises de charbonnages.

            Comme beaucoup de Nivernais, il part pour Paris, où il se marie en 1903. Son fils Gaston Gilbert naît le 19 juillet 1906. C'est à cette époque que Jean-Marie Clamamus s'installe à Bobigny, où il achète un petit terrain à bâtir, dans le quartier du chemin de Groslay.

            Bobigny est alors un gros village, entouré de jardins maraîchers. En 1901, la commune ne compte guère que 1946 habitants, autant que Saint-Léger-des-Vignes.

 

            Les premiers engagements politiques.

            En 1905, Jean-Marie Clamamus adhère au Parti Socialiste Unifié. Il s'occupe des sections socialistes de la banlieue Est de Paris. Il se présente aux élections municipales de mai 1912 sur une liste socialiste révolutionnaire ; c'est un échec, la municipalité radicale reste en place.

 

            En 1914, Clamamus entre au conseil municipal de Bobigny, avec trois de ses camarades, à l'occasion d'élections complémentaires. Mobilisé, il est affecté à des services d'intendance, avant d'être envoyé au front en 1915 ; après avoir été gazé plusieurs fois, il est réformé. Il se consacre à des oeuvres sociales : soupes populaires et coopératives de production et d'alimentation.

 

            Le maire de Bobigny-la-Rouge.

            En 1919, Jean-Marie Clamamus est élu maire de Bobigny : ses préoccupations principales sont alors l'urbanisation de sa commune et son embellissement, l'alimentation en eau, gaz et électricité des quartiers nouveaux, l'organisation des marchés. Il sera réélu maire en 1923, 1929 et 1935, et il occupera cette fonction jusqu'à la Libération de 1944 (à part une courte période, du 26 septembre 1939 au 29 août 1941).

            Clamamus fait partie du conseil d'administration et de direction de L'Humanité. Au Congrès de Tours, le Parti Socialiste connaît une scission historique. Jean-Marie Clamamus rejoint le tout nouveau Parti Communiste Français (S.F.I.C.).

 

            La ville de Bobigny connaît alors une expansion rapide, comme toute la banlieue parisienne. La population est presque multipliée par cinq en vingt ans : 3660 habitants en 1911, 17370 en 1931. Les maraîchers qui représentaient plus du tiers des habitants en 1911 quittent la commune. Les propriétaires des terres agricoles les transforment en terrains à bâtir: les lotissements se multiplient, souvent de façon anarchique. La nouvelle population ouvrière, venue en grande partie de province, s'entasse dans des logements précaires, sans aucun confort ; des cabanes de planches ou de fibrociment, couvertes de toile goudronnée se louent fréquemment 1200 à 1500 francs par mois. Dans ces lotissements, il n'y ni eau, ni électricité, ni gaz, ni W.C.

            La nouvelle équipe municipale de Bobigny lutte contre cet habitat misérable. Elle entreprend d'importants travaux d'urbanisme, construit des écoles, trace des rues. Jean-Marie Clamamus est le défenseur des mal lotis. En avril 1936, il déclare au journal La Voix de l'Est: "Toutes ces cités ouvrières, créées par le jeu des lotissements où se sont enrichis scandaleusement les capitalistes, n'ont-elles pas été pourvues de bonne viabilité, dotées d'assainissement, d'adduction d'eau, de gaz et d'électricité ? Visitez Bobigny, Sevran, Bezons, Alfortville, etc..., ces anciennes "cités lacustres", transformées par les communistes en des lieux agréables et propres [3]." L'exemple de cette réussite est le Nouveau Village, doté en 1921 du gaz et en 1926 de l'éclairage électrique.

 

            Le maire de Bobigny n'a pas oublié sa province d'origine. Il revient régulièrement à Nevers, à Saint-Léger, à Decize, à La Machine. En février 1921, il préside la première réunion du groupe S.F.I.C. (parti communiste) de La Machine [4].

            La commune de Bobigny organise chaque été deux colonies de vacances, l'une "sur les belles plages de l'île d'Oléron", l'autre "dans les grands bois de la Nièvre", plus précisément à La Machine, où les enfants sont hébergés par des familles de mineurs [5]. En août 1937, l'adjoint au maire de Bobigny, Pesch, responsable de la colonie, envoie à La Voix de l'Est ses communiqués hebdomadaires :

            "Ah ! camarade, que le temps passe vite ici ! Déjà, presque la moitié du séjour ; on ne peut pas rester au-delà des 42 jours...

            C'est par ces phrases que nous sommes accueillis, chaque matin, à notre tournée. Il faut dire aussi qu'on trouve la vie belle à La Machine, où l'on a tant de sujets à notre disposition pour employer son temps. On voudrait être partout à la fois : à l'Etang Jaune, aux Fromageots, aux Coupes ou à La Meule, où l'on attrape tant de petits poissons. On en fait, des kilomètres et des kilomètres, mais quand vient l'heure des repas, il ne faut pas en promettre, l'appétit est un peu là, et c'est avec joie que nos bons foyers machinois nous regardent expédier nos repas.

            La semaine a été marquée par une véritable vague de chaleur. Au stade, malgré que nous tombions vestes et chemises, on n'y pouvait tenir, et la grenadine y était bienvenue.

 

            Nous avons eu pas mal de parents d'enfants. Tous étaient enchantés de voir combien nos colons étaient entourés de soins assidus. [...] [6]"

           

            Le développement de la ville de Bobigny est lié à l'industrialisation de la banlieue Est. En 1936, les principales entreprises sont les Lampes Philips, Meccano, Loutil, Saint-Gobain, Girard, les Emailleries. Pendant les grèves de mai-juin, le maire offre tout son appui aux ouvriers. Il préside des meetings, il rend visite aux usines occupées. Les services municipaux sont mobilisés pour les soupes populaires et les distributions de linge. Il y a alors 1300 chômeurs dans la commune.

            Une autre grève éclate en décembre 1936 et janvier 1937 ; ce sont les derniers maraîchers de Bobigny qui protestent contre les prix ridiculement bas auxquels ils sont obligés de vendre leurs productions. Clamamus est à leurs côtés ; dans la presse, il stigmatise le fasciste Dorgères, qui est venu attiser une agitation malsaine.

            A partir de 1937, la municipalité de Bobigny s'engage dans le soutien aux Républicains espagnols. Elle organise des collectes pour Bilbao, des grands  meetings de solidarité. La presse communiste publie des reportages sur deux Balbyniens qui se sont engagés dans les Brigades Internationales et qui ont donné leur vie pour l'idéal prolétarien : Constant Soret, tué le 26 juillet 1938 sur le front de l'Ebre, et André Sanitas, tué le 30 mars 1938 sur le front d'Aragon [7]. Gaston Clamamus, fils du maire, s'est lui aussi engagé dans les Brigades Internationales en février 1937.

 

            Le maire de Bobigny n'est pas toujours en excellents termes avec la direction du Parti Communiste, qui n'apprécie guère son autoritarisme et sa mainmise sur toute l'action municipale. En 1928-1929, Henri Barbé et Pierre Célor, membres de la direction du P.C.F. sont exclus (ils rejoindront plus tard Jacques Doriot au P.P.F.) ; Jean-Marie Clamamus est menacé mais il reste au parti. En février 1936, une nouvelle tension éclate entre le conseil municipal et le parti ; il est reproché à Clamamus d'avoir donné à son fils d'importantes fonctions à la mairie.

            D'autres adversaires se déchaînent contre lui, par l'intermédiaire du Journal de Saint-Denis. Conservateurs, cléricaux, radicaux, socialistes et plus tard doriotistes, ils ironisent « sur les oukases, les fantaisies, les débordements oratoires de Jean-Marie », qui est régulièrement caricaturé et surnommé Le Bouc (il porte une longue barbe) ou plus méchamment Camalalanus. Son patronyme est l'objet de jeux de mots de mauvais goût : "Un linguiste a eu la curiosité de rechercher d'où pouvait venir ce patronyme orthographié à la manière de... la première personne du pluriel de l'indicatif présent du verbe latin clamare (crier). Clamamus serait un nom composé de clama et de mus signifiant en ancien gascon museau. D'où Clamamus : appelle-museau ou appelle, museau ! [8]" 

 

            Jean-Marie Clamamus député, puis sénateur de la Seine.

            Jean-Marie Clamamus est élu député de la quatrième circonscription de la Seine le 11 mai 1924, sur la liste du Bloc Ouvrier-Paysan. Au cours de sa première législature, il fait partie des commissions de l'administration générale, départementale et communale, de l'hygiène, des marchés et spéculations. Le député Clamamus est à l'origine de nombreuses propositions de lois, en particulier en faveur des constructions scolaires, sur le travail de nuit dans les boulangeries, sur l'organisation des lotissements, pour l'assistance aux femmes et aux enfants.

            Réélu le 29 avril 1928 au second tour, avec une seule voix d'avance (13350 voix contre 13349 à son adversaire M. Renault), puis le 8 mai 1932, Jean-Marie Clamamus propose des lois concernant les baux locatifs, la situation des artisans, le statut légal des registres de commerce, la caisse nationale de la maternité. Parmi ses propositions, on trouve deux préoccupations très en avance sur les mentalités de l'époque : l'institution de cours d'éducation sexuelle et la légalisation de l'avortement [9].

            A plusieurs reprises, Clamamus prend des positions antimilitaristes. En 1923, il couvre un employé municipal qui a fait disparaître des dossiers militaires. Le 12 octobre 1925, il ferme la mairie de Bobigny pour protester contre la guerre du Rif, ce qui lui vaut deux condamnations à 8 mois et 4 ans de prison et 3500 francs d'amende (les peines de prison ne sont pas appliquées). Dix ans plus tard, il s'oppose au service militaire de deux ans [10].

 

            En octobre 1935, le maire de Bobigny tente d'obtenir un siège au Sénat. Il est battu (606 voix contre 622 à M. Fiancette). Le 23 février 1936, il devient sénateur au cours d'élections partielles (600 voix contre 585 à M. Grisoni). C'est Gaston Monmousseau qui le remplace à l'Assemblée Nationale.

             A la Chambre Haute, Jean-Marie Clamamus intervient sur les sujets suivants : les taxis, le traitement et les cumuls des fonctionnaires, la réforme des finances communales et départementales.

 

            La présence de Jean-Marie Clamamus au Parlement inspire à ses adversaires de nombreux sarcasmes. Voici un poème, à la manière de V.H. publié par un journal de droite, Le Journal de Saint-Denis [11] :              

                        Jean-Marie à la Chambre.

            Clamamus est ici !!! Comment, bâtiment sombre,

            Peux-tu sans éclater contenir si grande ombre ?

            Quand ta voix sonnera comme un gond, grand tribun,

            On verra comme un veau pleurer le grand Cachin.

            Vaillant, épouvanté, fuira vers la buvette.

            Lénine, laissant tomber son nez sur sa bavette,

            Ronflera doucement au son de ton discours.

            Et toi, tu raseras, tu raseras toujours !!!

            Pas gratis parbleu, car c'est grasse prébende

            Que d'em... les gens en causant à la Chambre.

            Mais, au bout d'un moment, oh ! pas très long bien sûr,

            Lorsque le président regardera le mur

            Et les bancs de la Chambre, son visage livide

            Verra se nettoyer la salle !!! par le vide.

            Dressant vers le ciel deux bras désespérés,

            Il s'écriera "cet Homme de Clame à mus...eler !"                                                                                                 

 

            Rupture avec le parti communiste et allégeance à Pétain.

            Le 23 août 1939, Staline et Ribbentrop signent le Pacte Germano-soviétique. Cet événement provoque un grand désarroi chez Jean-Marie Clamamus, comme chez beaucoup de communistes. Le 26 septembre, le maire de Bobigny est suspendu de ses fonctions municipales. Quelques jours plus tard, il quitte le P.C.F., ce qui lui évite la déchéance de son mandat de sénateur et l'emprisonnement (ou la clandestinité).

            Clamamus fait partie des fondateurs de l'Union Populaire Française, un nouveau parti très marginal. Le 10 juillet 1940, Jean-Marie Clamamus vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, à Vichy. Il se rallie au Parti Ouvrier et Paysan Français, fondé par Marcel Gitton, un autre ancien communiste. Ce parti collabore avec les Allemands.

            Jean-Marie Clamamus retrouve sa mairie, il est nommé président de la délégation spéciale qui administre la ville de Bobigny à partir du 29 août 1941, puis il est nommé maire par le préfet de la Seine le 20 février suivant. Il reste à son poste jusqu'à la Libération.

 

            La Libération, la prison, le procès.

            La situation de Clamamus et de sa famille devient très délicate. Gaston Gilbert Clamamus est compromis dans des trafics de cartes d'alimentation, il a déjà été blessé grièvement le 28 avril 1942, il est sur la liste noire du P.C.F. clandestin. Les résistants, et surtout les F.T.P.F. originaires de Bobigny, traquent Clamamus père et fils. Le maire de Bobigny échappe à plusieurs attentats (dont un le 17 avril 1943).

            Le 26 août 1944, Gaston Gilbert Clamamus est exécuté dans un verger, près de son domicile, route de Groslay. Son père s'est caché dans la cave.

            Jean-Marie Clamamus est arrêté. Il passe huit mois en prison ; on le relâche le 8 août 1945. Mais ses ennuis avec la Résistance ne sont pas finis. Deux ans plus tard, l'un de ses anciens administrés le rencontre par hasard sur les grands boulevards, il le dénonce à la police, qui l'arrête à nouveau, et le libère presque immédiatement. Le journal Le Pays s'interroge sur cette "valse-hésitation, symbole de l'incertitude des temps... et de l'insécurité des citoyens, présumés ou non coupables" [12]

 

            Le procès de Jean-Marie Clamamus et du Parti Ouvrier et Paysan a lieu le 5 avril 1948 devant la Chambre Civique de la Seine. Marcel Gitton a été exécuté par les F.T.P.F. Avec Clamamus sont jugés d'anciens communistes devenus collaborationnistes : Marcel Capron, ex-député-maire d'Alfortville, les ex-députés André Puech dit Parsal et Marcel Brout, les ex-conseillers généraux Charles Delval, Charles Rigaud et Albert Vassart, et Lucien Chapelain. Les huit hommes sont à la fois poursuivis par la justice pour leur attitude pendant l'Occupation, et - hors du tribunal - accusés de trahison par le Parti Communiste.

            L'audience est une suite d'affrontements verbaux violents et Jean-Marie Clamamus retrouve toute sa combativité. "Clamamus se lève, quitte son pardessus et apparaît tout mince dans son costume noir, le visage maigre (il a rasé sa barbe) et, encore véhément à 70 ans. Il raconte les attentats contre lui.

- Parce que j'ai quitté le parti communiste. En donnant ma démission du P.C. j'étais condamné à mort.

            Il raconte la mort de son fils. il raconte ses 40 ans de vie militante, la mairie de Bobigny, qu'il reprit sous l'occupation "dans l'intérêt de la population".

- Au moment de Munich, Maurice Thorez m'a remis une cassette qui pesait 30 ou 40 kilos. "C'est le trésor du parti", me dit-il. Ce trésor, je l'ai restitué, après avoir quitté le parti.

            Et la finale de grand style :

- Je confie mon honneur aux travailleurs qui forment le Cour de Justice... [13]"

            L'envoyé spécial du journal Le Monde souligne la dérive de ce procès : "Oubliant leur propre procès, Clamamus et ses camarades tentent de faire celui du parti communiste.. [...] Dans l'ensemble, cette audience a revêtu le ton d'une réunion publique où d'ex-communistes accusés de collaboration, ont semble-t-il moins tenté de se défendre que d'attaquer les dirigeants de leur ancien parti [14]." 

            L'éloquence de Jean-Marie Clamamus ne convainc pas les juges et Jean-Marie Clamamus est condamné à dix ans de dégradation nationale, ses comparses reçoivent entre un et cinq ans de la même peine. Dans L'Humanité, une journaliste regrette que les sanctions n'aient pas été plus lourdes : "La condamnation à une indignité toute platonique n'enlèvera ni à Capron, ni à Vassart, ni à Clamamus, les possibilités de nuire. Le vrai procès du P.O.P.F. n'a pas été fait. Ces hommes ont encore des comptes à rendre [15]."

 

            Jean-Marie Clamamus n'est pas sanctionné très longtemps. L'amnistie de mars 1952 lui rend ses droits civiques. Il flirte avec l'extrême-droite, écrit plusieurs articles pour le journal Rivarol, puis se retire définitivement de la vie publique.

            Il revient régulièrement à Saint-Léger-des-Vignes, il loge à l’Hôtel des Capucines.

 

            Nécrologies sur plusieurs tons.

            Jean-Marie Clamamus meurt à Paris le 5 février 1973

 

  

 

            Dans son département de naissance, le Journal du Centre lui rend hommage et semble ignorer les dernières étapes de sa carrière politique :

          "M. Jean Clamamus n'est plus.

Nevers _ La lecture de l'un de nos confrères parisiens nous apprend une bien triste nouvelle : M. Jean Clamamus, sémillant nonagénaire il y a quelques années encore, vient de s'éteindre à Paris, où sa barbe géante l'avait rendu célèbre. Il avait 94 ans. Tout le monde savait à Decize qu'il avait été député, puis sénateur, maire de Bobigny, dite "La Rouge".

            Entre les deux guerres, il fut un militant ardent pour le Parti Communiste. S'il avait quitté ce parti, il n'en continuait pas moins à suivre avec passion les événements nationaux et mondiaux et montrait chaque fois qu'il en avait l'occasion qu'il restait un homme de gauche intransigeant sur les principes [sic]. Ses connaissances en politique étaient immenses. Même parvenu aux "sommets", il n'oublia jamais sa petite patrie, Decize, où il faisait de fréquentes incursions, prononçant des allocutions inoubliables, écrivant sur ceci ou sur cela des billets qui marquaient. Sa classe, sa probité morale, sa bonté généreuse faisaient qu'il pouvait avoir des adversaires politiques, mais pas d'ennemis [16]."                        Evidemment, cette opinion favorable n'est pas partagée à Bobigny, où son souvenir reste marqué par la trahison de 1939 et par le procès de 1948.

     

Caricature de Jean-Marie Clamamus ,

dit « Le Bouc »,

dans Le Journal de Saint-Denis.

 

BIBLIOGRAPHIE ET NOTES :

- Pierre VOLUT, Decize autour de laSeconde Guerre mondiale, 2004.

[1]   Archives Municipales de Saint-Léger-des-Vignes et Archives Départementales de la Nièvre.

[2]   Dictionnaire du Mouvement Ouvrier, s.d. de Jean Maitron, 4e partie, 1914-1939, tome 22 ; Archives Municipales de Bobigny, dossier Clamamus, Le Journal de Saint-Denis, La Voix de l’Est ; Annie Fourcault et Jacques Girault, Les Conseillers municipaux d’une commune ouvrière et communiste, in Cahiers d’Histoire, Institut Maurice Thorez.

[3]   La Voix de l'Est, 6 avril 1935, Archives Municipales de Bobigny.

[4]   L’Observateur du Centre, 20 février 1921.

[5]   Plus tard, les enfants seront logés dans le petit château des Ecots.

[6]   La Voix de l’Est, 13 août 1937.

[7]   La Voix de l'Est, 12 août 1938.

[8]   Le Journal de Saint-Denis, 19 mai 1928. Le linguiste n’a pas tort pour la première partie de son explication. Le nom Clamamus provient du début d’un vers de la prière Salve Regina : ad te clamamus, nous crions vers toi.

[9]   Dictionnaire des Parlementaires Français, 1889-1940, Paris, P.U.F., 1963, tome 3-C, p. 1056-1057. La proposition de loi de Clamamus, refusée par l'Assemblée Nationale, est publiée dans la revue Le Problème Sexuel, fondée par Bertie Albrecht, Victor Basch et le docteur Jean Dalsace.

[10]  Le 31 mars 1928, la durée du service militaire avait été ramenée à un an. Le 16 mars 1935, elle est remontée à deux ans, à titre exceptionnel jusqu’en 1939...

[11]   Le Journal de Saint-Denis, 14 février 1925.

[12]   Le Pays, 28 juin 1947.

[13]   Le Populaire, 6 avril 1948.

[14]   Le Monde, 7 avril 1948.

[15]   L'Humanité, 8 avril 1948.

[16]   Le Journal du Centre, 7 février 1973.

 

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