CELEBRITES DECIZOISES :

        GABRIEL DESPREZ DE ROCHE

 

            Edmond Robinot, l'un des curés de l'église Saint-Aré a ainsi rédigé son acte de baptême : "Ce 14 juin 1751 a esté baptizé Gabriel né aujourd'huy, fils légitime de Messire Jacques Desprez, Escuyer, Seigneur de Roche, et de Dame Gabrielle Adrienne Esmalle. Son parrain a esté Gabriel Marinyer et sa marraine Marie Marinyer qui ont signé."

            La famille Desprez de Roche possède alors à Decize une maison sise dans la "Rue descendant de la Place à la Rue Bouillère" (actuelle rue Ledru-Rollin), où l'enfant est né.

            On sait peu de choses sur son éducation, sinon qu'elle s'est terminée à Paris, au séminaire Saint-Sulpice et à la Sorbonne où Gabriel a obtenu un titre de docteur en théologie. Sa vie est consacrée à l'Eglise, alors que son frère aîné Charles hérite naturellement des biens et titres de leur père. L'abbé Desprez de Roche est chanoine de Nevers en 1783, archidiacre de Decize (titre honorifique), vicaire général du diocèse de Nevers.

            En 1787, il est promu vicaire général du diocèse de Paris, auprès de l'évêque, monseigneur de Juigné. A ce titre, il est l'un des organisateurs des élections du clergé aux Etats-Généraux de 1789. Mais, rapidement, à l'instar d'une partie de la hiérarchie, il refuse la Constitution civile du clergé. Néanmoins, il n'émigre pas, ce qui le met hors-la-loi dès l'année 1792.

            Le 26 août 1792, Gabriel Desprez de Roche est arrêté, emprisonné au ci-devant couvent des Carmes. Quelques jours plus tard, le 2 septembre, les prisons parisiennes sont investies par des fédérés et par le peuple des faubourgs ; réagissant aux discours véhéments de Danton et aux menaces d'invasion de la France par les troupes de Brunswick, les émeutiers massacrent les prisonniers, qu'ils soupçonnent d'être des agents de l'ennemi, des contre-révolutionnaires.

            Gabriel Desprez de Roche est abattu d'un coup de sabre, et achevé à coups de crosse de fusil. Les récits de sa mort, comme tout ce qui concerne les exécutions des Martyrs des Carmes, participent d'une hagiographie anti-républicaine développée au XIXe siècle et encore vivace en 1927. Ainsi, le rédacteur du Bulletin de l'Union Catholique du Canton de Decize lui prête-t-il une attitude exemplaire : l'abbé Desprez de Roche exhorte ses compagnons d'infortune : "Allons ! Messieurs, où pourrait-on être mieux pour mourir !..." Au moment où il reçoit le coup de sabre fatal de l'ignoble bourreau Maillard, son bréviaire lui échappe des mains. Un tableau réalisé par le R.P. Merme en juillet 1927 représente la scène du martyre telle qu'elle a été transmise par la légende pieuse ; cependant, selon l'historien Jean Hanoteau, aucun témoignage ne permet de connaître les circonstances exactes de la mort des prisonniers des Carmes.

Tableau peint par le R.P.Merme,

Eglise Saint-Aré de Decize.

 

            Le 17 octobre 1926, les 161 martyrs du couvent des Carmes sont béatifiés par le pape. L’année suivante, du 30 septembre au 2 octobre 1927, un triduum (trois jours de célébrations) est organisé à Decize, en présence de plusieurs évêques.

            En 1990, à la suite des festivités du Bicentenaire de la Révolution, afin de publier un livre sur les victimes des Massacres de Septembre et de les faire canoniser, une enquête a été lancée par un mouvement religieux.

 

BIBLIOGRAPHIE :

- Bulletin de l’Union Catholique du Canton de Decize, n°15, 1927, et n°22, février 1928.

- Jean HANOTEAU, Notes sur le Bienheureux Desprez de Roche, in Bulletin de la Société Nivernaise, tome XXIX, 1935.

Sources citées par l'auteur : Joseph Grente, Les Martyrs de septembre, Alexandre Sorel, Le Couvent des Carmes et le Séminaire Saint-Sulpice pendant la Terreur, Paris, Didier, 1864 ; et pour l'interrogatoire : B.N. cote T 1055.

- Pierre VOLUT, Decize, le Rocher et la Révolution, version 2006, C.D.

 

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