CELEBRITES DECIZOISES :

FRERE ISAMBART DE LA PIERRE

 

            Le frère Isambart de la Pierre (Isambardus ou Bardinus de Petra), du couvent dominicain de Rouen, est un témoin important au procès de Jeanne d’Arc. Il participe à l’interrogatoire et assiste au supplice du bûcher le 30 mai 1431 :            « Jeanne eut en la fin si grande contrition et si belle repentance que c’était une chose admirable, disant paroles si dévotes, pieuses et catholiques que tous ceux qui la regardaient, en grande multitude, pleuraient à chaudes larmes, tellement que le cardinal d’Angleterre [l’évêque de Winchester] et plusieurs autres Anglais furent contraints [de] pleurer et en avoir compassion.

            La pieuse femme  me demanda, requit et supplia, comme j’étais plus près d’elle en sa fin, que j’aille en l’église prochaine et lui apporte la croix pour la tenir élevée, droit devant ses yeux jusques au pas de la mort, afin que la croix où Dieu pendit fût en sa vie continuellement devant sa vue. Et de plus, étant dedans la flamme, jamais elle ne cessa jusqu’en la fin de clamer et confesser à haute voix le saint nom de Jésus, en implorant et invoquant sans cesse l’aide des saints et saintes du paradis ; et encore, qui plus est, en rendant son esprit et inclinant la tête, proféra le nom de Jésus en signe qu’elle était fervente en la foi de Dieu, ainsi que nous le lisons de saint Ignace et plusieurs autres martyrs [1].   

            Les chroniqueurs soulignent la bienveillance de frère Isambart tout au long du procès ; toutefois il signe l’arrêt de condamnation. Attitude ambiguë d’un religieux qui doit se soumettre à sa hiérarchie tout en gardant des sentiments de compassion pour la jeune Lorraine. Dans les actes du procès, il dépeint aussi la douleur du bourreau Geoffroy Thirache, mais certains textes ont pu être remaniés lors du procès de réhabilitation de Jeanne d‘Arc [2].

 

 

Deux versions de Jeanne au Bûcher.

 

            Isambart de La Pierre est-il né à Decize ?

            René Surugue, citant les actes du  Procès de Jeanne d’Arc [3], rattache au Nivernais cet acolyte du vice-inquisiteur Lemaître ; il insiste sur la relative mansuétude d’Isambert de La Pierre, contrastant avec l’intransigeance de l’évêque Cauchon et du comte de Warwick.

            François Tresvaux de Berteux cite en 1437 un Isambart de La Pierre parmi les quatre échevins de Decize. S’agit-il du moine dominicain qui a assisté aux derniers instants de Jeanne d‘Arc à Rouen, le 30 mai 1431 ? On retrouve d’autres membres de la famille Pierre (ou de La Pierre) aux siècles suivants, le domaine des Pierres, entre Sougy et La Machine, a été l’une de leurs propriétés.

 

[1] Texte repris par Régine Pernoud, Vie et Mort de Jeanne d’Arc, Hachette, 1953, réédition Livre de Poche, 1956.

[2] Notons le parallèle avec l’Evangile : les remords du centurion et des soldats romains  (Luc, 23,47 ; Marc, 15,39).

[3] René Surugue, Le Nivernais et la Nièvre, tome I, p. 475 ; P. Champion, Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, 1920-1921.

 

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