CELEBRITES DECIZOISES :

Louis-Albert Morlon, le juge bibliophile.

 

            Né à Decize en 1846, fils d'un conducteur des Ponts-et-Chaussées, Louis-Albert Morlon est élève du collège de Nevers, puis de 1865 à 1870 étudiant en droit à Paris. Pendant la guerre franco-prussienne, il s'engage parmi les mobiles de la Nièvre. Reçu avocat au barreau de Paris, il opte assez rapidement pour une carrière de magistrat : il est successivement conseiller de préfecture à Nevers, procureur de la République à Sancerre, conseiller à la cour d'appel de Bourges, président de la cour d'assises de la Nièvre. En 1912, Louis-Albert Morlon prend sa retraite à Cercy-la-Tour dans la Villa-Champigny (rebaptisée depuis Villa-Morlon), il rassemble une des plus belles bibliothèques du département [1]. Il meurt le 7 mai 1920.

            "Il aimait à vivre dans le passé [2]." Louis-Albert Morlon fait partie de ces érudits qui, au XIXe siècle, tentent de ressusciter le passé archéologique et d'explorer les archives du Nivernais. Il est l'un des principaux responsables de la Société Académique du Nivernais, pour laquelle il rédige plusieurs communications savantes : en particulier, il étudie l'ancienne église de Saint-Maurice et la source de Saulx, dite source Saint-Aré. Il publie en 1872 une brochure intitulée Excursions dans le Morvan et, après son décès, ses héritiers font paraître Promenades en Morvan [3].

            L'apport le plus original de Louis-Albert Morlon à l'histoire du Nivernais est la découverte d'un manuscrit de son compatriote Saint-Just, à l'occasion d'une vente aux enchères organisée par un libraire parisien. Morlon achète Arlequin-Diogène, une comédie en un seul acte et onze scènes écrite par Saint-Just autour de 1786, il en publie le texte et un bref commentaire dans les Mémoires de la Société Académique du Nivernais. Ce texte curieux livre des aspects intéressants de la personnalité d'un adolescent qui est alors soumis à de cruelles rebuffades dans sa vie sentimentale et dans ses ambitions, un adolescent qui ne va pas tarder à se hisser au faîte du pouvoir politique.

RETOUR

[1]  Cette bibliothèque, léguée en grande partie à la ville de Nevers, a enrichi le fonds ancien et régionaliste de la Bibliothèque Municipale de Nevers (fonds Morlon).

[2]   Phrase extraite du discours que M. Marius Genin a prononcé lors des obsèques de L.-A. Morlon. Nécrologie publiée dans les Mémoires de la Société Académique, tome XXIII, 1920-1921, p. 241-264.

[3]    Dans  le premier chapitre de cet ouvrage, Louis-Albert Morlon évoque son enfance à Decize.