LES CELEBRITES LOCALES :

 

Le général Robinot-Marcy, le héros de l'Alma.

 

            Claude-Auguste Robinot-Marcy est né à Champvert le 19 octobre 1813. Son père était Claude Robinot, propriétaire du château de Marcy (et cousin germain de Louis-Antoine de Saint-Just), et sa mère Marie-Julienne Parchot de Villemouze.

            Il entre à l'Ecole Polytechnique le premier novembre 1833, puis à l'Ecole d'application de l'artillerie le 24 novembre 1835. Il est nommé au grade de lieutenant en second en février 1838 et il reçoit sa première affectation au sixième Régiment d'Artillerie.

            Entre deux garnisons, l'officier d'artillerie se marie ; il demande à ses supérieurs l'autorisation réglementaire d'épouser Marie-Laure Gombaud de Séréville, née et domiciliée à Moulins-sur-Allier ; le contrat de mariage est passé devant maître Gilbert Watelet et la cérémonie a lieu le 21 mai 1850. De cette union naîtront deux enfants, un garçon et une fille.

 

La campagne de Crimée.

            Claude-Auguste Robinot-Marcy passe successivement dans plusieurs autres régiments d'artillerie. Il est capitaine, au moment où Napoléon III engage l'armée française dans la guerre de Crimée.

            Le capitaine Robinot-Marcy commande le deuxième batterie du 12e R.A. lors de la brillante victoire de l'Alma. Le 19 septembre 1854, après de longues opérations de débarquement à Eupatoria, les troupes franco-britanno-turques se mettent en marche en direction de Sébastopol, mais il faut franchir la rivière Alma. Environ 20000 Russes sont établis de part et d'autre du cours d'eau. Un violent combat s'engage le lendemain au milieu des vignes. La charge des highlanders écossais et des zouaves est préparée par un feu roulant de l'artillerie. L'armée russe recule pour la première fois ; les maréchaux Saint-Arnaud et Raglan se partagent la victoire [1].

            Le capitaine Robinot-Marcy gagne ce jour-là ses galons de chef d'escadron et la croix de chevalier de la Légion d'Honneur, qui lui est remise par le général Bosquet (responsable de l'artillerie). "Notre compatriote fit preuve d'un tel sang-froid et sut si habilement tirer parti des douze pièces placées sous ses ordres, qu'après quelques heures de combat, il réussit à éteindre le feu des huit batteries russes. Les hommes de la batterie furent tellement éprouvés que les officiers durent se faire servants des pièces! [2]"

 

            Robinot-Marcy est chargé d'organiser le parc de siège de l'armée d'Orient. Face à la ville fortifiée de Sébastopol, et le plus près possible de la redoute de Malakoff, les Alliés s'établissent pour un long siège, qui va durer jusqu'en septembre 1855. De terribles duels d'artillerie éclatent de temps à autre, suivis d'attaques et de contre-attaques meurtrières. Tout aussi meurtrières sont les épidémies de typhus et de dysenterie.

            Le commandant Robinot-Marcy participe à l'expédition contre la place-forte de Kinburn, à l'embouchure du Dniepr. L'artillerie est embarquée à bord de pontons, les batteries flottantes la Dévastation, la Lave et la Tonnante ; elle se joint aux canons des navires de la flotte alliée, aux canonnières et aux petits avisos à vapeur et, le 17 octobre 1855, la modeste garnison russe du fort de Kinburn est écrasée sous les obus. Quelques heures suffisent pour obtenir la reddition des survivants. "Nous avons eu, pendant deux ou trois heures, un spectacle que bien des curieux paieraient cher. Trois batteries flottantes, sept à huit bombardes, des vaisseaux de tous rangs, faisaient feu de toutes leurs batteries sur ce fort, qui répondait de son mieux, mais se démolissait à vue d'oeil. L'incendie dévorait les casernes, et tous les bâtiments à l'intérieur. C'est quelque chose d'épouvantable que notre artillerie [3]."

            Auréolé de ces deux victoires, décoré de la médaille du Medjidé, le "glorieux soldat de l'Alma" revient en France. En 1866, il est affecté à l'Etat-Major de l'artillerie de la région militaire de Besançon. Le 19 janvier suivant, il est nommé colonel.

 

Des Decizois morts sur le Front d'Orient.

            Claude-Auguste Robinot-Marcy s'est distingué à la bataille de l'Alma. Derrière l'officier qui a gagné des galons, la masse anonyme des troupiers a souvent subi l'ennui, la souffrance et rencontré la mort. Comme pendant l'épopée napoléonienne du début du siècle, les registres d'état-civil de Decize et des communes voisines sont les ultimes témoignages d'existences brisées loin du Nivernais et aucun monument aux morts ne vient rappeler le sacrifice de ces jeunes soldats.

            Charles Beaudot, caporal au 85e Régiment de ligne, a été tué d'une balle au front en montant à l'assaut de la célèbre tour de Malakoff, le 8 septembre 1855.

            Les autres victimes decizoises de ce conflit ont succombé, quelques jours après leur admission dans les ambulances avancées ou dans les hôpitaux militaires. Joseph Billard et Jean André ont été emportés par le choléra, Philippe Petot par la diarrhée chronique, Jean-Jacques Saclier par le scorbut aigu, François Taupin et Jean Ragot par la fièvre typhoïde, Gabriel Guyonnet par une fièvre rémittente, Charles-Etienne Terré par le typhus. Quant à Edme Rouvet, il n'a pas quitté le sol français, la maladie l'a tué à l'hôpital militaire de Toulon.

 

La Deuxième Armée de la Loire.

            La guerre franco-prussienne ne permet pas aux artilleurs français de réitérer leurs exploits de Crimée. Le colonel Robinot-Marcy est appelé à Tours lorsque le gouvernement s'y replie, en octobre 1870. On lui confie le commandement de l'artillerie, et il reçoit le grade de général de brigade.

 

            L'artillerie est engagée dans une série de combats sans espoir entre la Beauce et le Maine. Après les combats au Sud de Paris, l'armée de la Loire affronte les Prussiens à Saint-Laurent des Bois, puis à Coulmiers (9 novembre), à Villepion, près de Patay, le premier décembre, à Loigny le lendemain. L'ordre de retraite est donné : une partie des troupes défend Orléans, tandis que les autres gagnent Josnes et Vendôme (du 7 au 15 décembre 1870). La bataille de Vendôme (15-16 décembre) est une nouvelle défaite. L'armée de la Loire se scinde en deux : la seconde armée, commandée par le général Chanzy, se replie sur Le Mans. De nouveau harcelée par l'ennemi (10 et 11 janvier 1871), elle tente de constituer un réduit breton [4] avec une tête de pont à Laval. Mais Chanzy doit vite abandonner cette chimère ; il fait traverser la Loire à ses soldats et s'installe à Poitiers, de façon à protéger le gouvernement qui, lui, s'est replié à Bordeaux. Dans tous ces mouvements, l'artillerie n'a été utilisée que ponctuellement ; manquant de munitions, et manoeuvrant des canons dépareillés, peu efficaces contre le harcèlement des uhlans et des tirailleurs, le général Robinot-Marcy a été condamné à l'impuissance [5].

            C'est à Poitiers, qu'il a reçu le 7 mars 1871 l'ordre de licenciement, signé par le général Le Flô, ministre de la guerre. Il a attendu l'ordre de dispersion de la seconde armée de la Loire, donné, la mort dans l'âme, par le général Chanzy le 14 mars. Et le 18 mars il était à Nevers, pour un séjour de très courte durée, puisque dès le 25 avril le ministère le convoquait à Paris, pour une guerre d'une autre sorte.

            Le général Robinot-Marcy a été engagé pendant plus d'un mois dans la répression de la Commune: siège du Paris insurgé, puis reconquête quartier par quartier, enfin certainement arrestations, jugements sommaires et exécutions massives des Communards. Aucun document sur cette période n'a été conservé dans son dossier militaire, pas plus qu'il n'existe de livre de marche du cinquième Corps d'Armée de Versailles, dont il commandait l'artillerie. Le 7 juin 1871, l'artillerie quitte une capitale reconquise, matée, humiliée. En octobre 1873, le général Robinot-Marcy est muté au quatrième Corps d'Armée, dont le Q.G. se trouve au Mans. Le 30 novembre 1878, il est admis à la retraite, après 45 ans de services et trois campagnes (à la campagne de Crimée et à la guerre franco-prussienne s'ajoute la campagne d'Italie, du 12 mai au 10 août 1859).

 

            Le premier février 1889, Claude-Auguste Robinot-Marcy meurt à Paris, dans sa 76e année.

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BIBLIOGRAPHIE ET NOTES :

- Pierre VOLUT, Decize et son canton au XIXe siècle, Decize, 1999, III, ch. 15.

[1]   Emile de La Bédollière, Histoire de la Guerre d’Orient, Sébastopol, Paris, Editions Gustave Barba, pp. 53-63.      Et Lettres écrites par le capitaine Henri Loizillon, Paris, Flammarion.

[2]   Le Moniteur de la Nièvre, mardi 5 février 1889, nécrologie du général Robinot-Marcy.

[3]   Emile de La Bédollière, op. cit., Kinburn, p. 45.

[4]   Une idée qui reviendra à la mode en juin 1940...

[5]   Général Chanzy, La Deuxième Armée de la Loire, Paris, Plon, 1871.