I - L'ANCIEN CHATEAU DE DECIZE

  

           1.1 La construction du château.

Un habitat gallo-romain a été prouvé à proximité (fouilles de l'école Lakanal, 1991) et peut-être les restes d'une construction monumentale (un appareillage de pierres massives dans la muraille qui domine l'église, témoignage de Frédéric Girerd au XIXe s.)

 

Les premiers bâtisseurs de ce château ont été :

Guillaume II, comte de Nevers (vers 1140)

et Pierre de Courtenay (vers 1194).

 

Remparts au-dessus de la Boire du Clou (Sud).

       

     Selon Nicolas de Nicolay (Description générale du Bourbonnois, 1566), le château primitif aurait été agrandi par Jean dit Tristan, fils de Saint-Louis, devenu comte de Nevers par son mariage avec Yolande de Bourgogne (1266-1270).

            On peut dater des XIIe et XIIIe siècles le plan du château, les soubassements et l'emplacement des tours.

 

Plan des fortifications,

Marcel Merle et Henri Cristo.

 

          1.2 Des travaux de réfection au XIVe siècle.

            (D'après des archives dépouillées par Léon Mirot en 1934, Bulletin de la Société Nivernaise, tome XXIX, p. 189-231).

 

            Les travaux entrepris entre 1357 et 1405 n'ont guère modifié le château, à part la mention d'une grande salle nouvelle, opposée à la vieille grande salle. Les documents étudiés ne décrivent que des réfections de charpentes, de toits et de décorations intérieures. Mais ils nous donnent des renseignements sur la topographie du château qui comprenait :

- une chapelle, adossée à une tour,

- un préau, situé au-dessus du verger (actuelle cour de l'ancien hospice), un pressoir, une maréchaussée, des halles (peut-être servaient-elles aussi aux habitants de la ville car, au XVIIIe siècle on nommait encore sur les plans une petite place située au Cartarot : le Cul du Marché),

- une prison, en très mauvais état, sise dans un bâtiment à vocation agricole, la Vacherie,

- une cuisine hors les murs,

- un pont-levis,

- deux tours sont nommées : la tour de Languine, proche de la grande salle nouvelle, et la tour de l'Espringuelle (une espringale ou espingole était une machine à lancer de grosses flèches),

- la grosse tour, ou donjon, était composée d'une salle basse (où logeait le châtelain), d'une salle haute, d'une chambre des veilleurs,

- dans les appartements réservés au comte, il y avait la chambre de Monseigneur (où Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, a peut-être dormi), la chambre des nourrices, une chambre dite du pape [Il serait intéressant de savoir si un pape s'est un jour arrêté à Decize !!!] ;

- On connaît même le détail du mobilier de la vieille grande salle : on y trouvait une bouteillerie, une panneterie, un buffet, une table, deux tréteaux, et - à proximité - des chambres aisées (chambres d'aisance, ou latrines).

 

Tête trouvée lors des travaux de 1998.

    

        A cette époque, le château était la demeure permanente d'un capitaine et d'une garnison. En 1357, le capitaine se nommait Pierre de Chandiou, en 1395-1405 Jean de Vaux (la seigneurie de Germancy appartiendra longtemps à la famille de Vaux), en 1405 Etienne des Epoisses secondé par le lieutenant Jean de Ganay. Geoffroy du Boschet était gouverneur du Nivernais et Pierre de Colons receveur de la province et, à ce titre, responsable des paiements.

 

 

           Les comptes des travaux citent évidemment d'autres personnages essentiels, les entrepreneurs et ouvriers qui ont réalisé les réparations :

- le maçon Jehan Poytrine,

- le serrurier Bureau,

- les couvreurs Guillaume Villevelle et Jehan Denisot,

- les charpentiers Henry Guillemet, Guillaume Gredon et Guillaume Courtoys.

 

            1.3 TROIS PASSAGES DE PHILIPPE LE HARDI AU CHÂTEAU DE DECIZE

 

Cf. Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean Sans Peur, ducs de Bourgogne, d’après les comptes de dépense de leur hôtel, recueillis et mis en ordre par Ernest Petit, Paris, Imprimerie Nationale, 1888, Site Internet B.N.F.-Gallica. Table des matières p. 651. La ville de Decize est citée aux pages 33,98-99 et 209.

 

1366 :Dimanche 29 novembre :         disner à Disise, venant de Montambert et Autun.    

            Lundi 30 novembre:                  séjour à Disise.

            Mardi 1er décembre :                 séjour à Disise.

            Mercredi 2 décembre :              départ de Disise vers Tournant (Ternant) et Luzy.

[« Le 28 novembre 1366, Philippe le Hardi vint à Decize où il se concerta avec le duc de Berry et les baillis de Chalon et de Mâcon pour organiser l’armée de Gascogne qui devait être confiée au duc d’Anjou. » [1]]

 

1373 :Vendredi 7 octobre :                  disner au château de Rosemont,

                                                                     venant de Prémery.

            Samedi 8 octobre :                     tout le jour à Decise.

            Dimanche 9 octobre :                séjour à Desise.

            Lundi 10 octobre :                      giste aux champs.

            Mardi 11 octobre :                      giste à Rouannes (Roanne).

 

1389 :Lundi 29 mars :                           giste à Desise avec Mons. de Nevers,

                                                                     venant de Nevers et Chevenon.

            Mardi 30 mars :                            idem

            Mercredi 31 mars :                      idem

            Jeudi 1er avril :                            départ vers la Chapelle aux Chas et Moulins.

 

 

Pierres du château insérées lors de la consolidation du mur.

 

            1.4 LE MARIAGE DE BONNE D’ARTOIS ET PHILIPPE LE BON

 

            « Ce castel était, sans nul doute, un vaste et brillant manoir, puisque Bonne d’Artois, veuve de Philippe, comte de Nevers, tué à la funeste bataille d’Azincourt, jugea convenable d’y réunir sa cour pour célébrer son second hyménée avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne (1424). C’est là que les envoyés du duc de Bretagne vinrent annoncer à ce puissant prince, le jour même de son mariage, les préliminaires d’une alliance qui devait avoir pour résultat de chasser l’Anglais du sol de France. Déjà Bonne d’Artois avait marqué sa prédilection pour Decize, en y fondant, en 1419, le couvent des religieuses de Sainte-Claire. Bientôt son nouvel époux choisit cette résidence princière pour y solenniser les fiançailles de sa propre sœur Agnès avec le comte de Clermont. »

            Frédéric Girerd, Notice historique sur Decize, ancienne ville du Nivernois, p.25-26. 

 

          1.5 Du XVe au XVIIIe siècle :

 

            Au siècle suivant, la comtesse Marie d'Albret ordonna des embellissements : un nouveau logis plus luxueux comportant une galerie.

            Le château a reçu jusqu'à la fin du XVIIe siècle des hôtes illustres :

- plusieurs fois les ducs de Bourgogne Philippe le Hardi et Jean Sans Peur,

- en 1424, Bonne d'Artois et Philippe le Bon,

- en 1491 Engilbert de Clèves,

- Marie d'Albret,

- le 23 octobre 1630 Louis XIII,

- le 27 octobre 1630 Richelieu et Marie de Médicis,

- en 1643 Louis XIV (âgé de 4 ans),

- en 1646 Gaston d'Orléans, oncle du nouveau roi,

- en 1649 Colbert,

- le 27 janvier 1660 Mazarin, nouveau duc de Nivernais venu faire sa joyeuse entrée dans sa bonne ville de Decize.

 

Vue des ruines depuis la Boire.

 

            En 1648, François de Bonnay, seigneur de Voumas, est établi gouverneur du château de Decize par Charles II de Gonzague, nomination confirmée par lettres patentes de Louis XIV. Ce personnage autoritaire et vindicatif se heurte rapidement aux notables decizois, qui réclament son départ. Un peu partout dans le Royaume, la noblesse et les parlementaires s'agitent ; c'est la Fronde. François de Bonnay décrète l'état de siège à Decize, il oblige la milice bourgeoise à monter la garde sur les remparts, il fait fermer les portes à clé chaque soir et exige que les clés lui soient apportées. Un conflit particulier l'oppose un jour à Barthélémy Chapelain, sieur de La Tour, un autre officier du château, qu'il menace d'un pistolet et qu'il frappe avec plusieurs de ses amis et parents...

 

            Le gouverneur et lieutenant-général de la province, Alexandre de Saint-André Montbrun, tente de réconcilier les Decizois et leur gouverneur, mais ses bons offices échouent. L'affaire se prolonge jusqu’en février 1652 : le commissaire de l'artillerie royale, le comte de Bussy-Rabutin, nouveau gouverneur du Nivernais, vient inspecter le château, il dénombre les munitions, la poudre et les canons (six canons de batterie, seize emboîtures de fonte et 500 boulets de calibre) et les fait enlever du château de Decize pour aller assiéger la forteresse de Mont-Rond, dans le Berry. Le château est désormais démuni de toute artillerie. 

            Sans moyens de défense, le château n'a plus besoin de gouverneur. Au XVIIIe siècle, les ducs de Nevers (famille Mancini) résident plus souvent à Paris qu'en Nivernais, ils se désintéressent de ce château qui est de moins en moins entretenu et dont les tours menacent ruine.

 

Clichés : Thomas  R., 2006.

 

          1.6 La démolition du château.

            En 1736, des démolisseurs sont appelés pour tirer de la pierre à bâtir de plusieurs murailles et tours du château. Le voiturier par eau François Simonnin convoie des pierres de taille jusqu'à Châteauneuf-sur-Loire, l'entrepreneur Poirier reçoit les pierres provenant du mur de séparation entre les citernes et le jardin.

            En 1778, le duc Louis Jules Barbon Mancini vend à son homme de confiance Pierre Douette ce qui reste du château de Decize. Les jardins et bâtiments agricoles sont cédés pièce par pièce.

 

          1.7 Le château après 1778.

            Pierre Douette fait reconstruire un nouveau logis, avec façade sur la Loire. Quelques tours et murailles sont épargnées par les démolisseurs (aile sud-est). La propriété du château passe à la famille Mouzat à la suite du mariage de Marianne Douette.

            Le 18 juin 1840, les héritiers Mouzat vendent le château au marquis de Raigecourt, pair de France et nouveau châtelain de Germancy. Celui-ci désire en 1846 céder le logis et la cour du château à la ville de Decize, à condition que celle-ci y établisse un hôpital et une école de filles tenus par les soeurs de la Charité de Nevers. Les clauses de cette cession n'ayant pas été respectées (la municipalité refusant de rémunérer les religieuses), le marquis de Raigecourt redevient propriétaire : il entretient alors l'école et l'hôpital.

            Au début du XXe siècle, à la suite des lois de séparation de l'Eglise et de l'Etat, la municipalité de Decize décide de construire un nouvel hôpital hors de l'ancien château. Ce sera chose faite en 1908.

            L'école des soeurs est momentanément fermée en 1903. Le comte de Dreux-Brézé, nouveau propriétaire du château et de l'école Sainte-Marie, fait appel à des religieuses de la Congrégation de la Providence de la Pommeraye qui ont accepté les nouvelles règlementations et enseignent en civil sous la direction de Mlle Serger (soeur Wilfried).

            Pour affirmer le caractère religieux de son établissement, le comte de Dreux-Brézé fait placer, au sommet de la dernière tour, une statue de la Vierge, qui domine Decize et la campagne environnante.

 

 

  Les armes de Decize ont été accordées à la ville par   le duc de Bourgogne Philippe le Hardi et son épouse   Marguerite de Flandre vers 1383.

  "D'or au lion de sable, armé et lampassé de   gueules à la bordure cramponnée d'argent et de   gueules."

  Le lion de Flandre noir est entouré par le symbole de   la Bourgogne : une alternance de carrés blancs et   rouges.

 Cf. Marcel Merle, Decize, son histoire, p. 42                   

 

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[1] René de Lespinasse, Le Nivernais et les Comtes de Nevers, Paris, Champion, 1909-1914, tome III, p.531 ; texte repris par Marcel Merle, Decize, son histoire, op. cit., p. 41.