II - LE CHATEAU S'EFFONDRE SUR L'EGLISE   

(Cf. Decize et son canton au XIXe siècle, 2e partie, chapitre 6, p. 82-83).

 

L'accident du 27 février 1842.

            Une réunion exceptionnelle du conseil municipal de Decize se tient le lundi 28 février 1842. La veille, entre huit et neuf heures du soir "les murs du vieux château de Decize, minés par le temps, se sont écroulés avec un horrible fracas et, dans leur chute, ont entraîné une partie de l'un des bas-côtés de l'église ; ils ont également enfoncé la voûte et renversé la grande fenêtre d'une jolie chapelle de style gothique placée près du choeur. On espère que personne n'a péri. Quelques heures plus tôt, on aurait pu avoir à déplorer la mort de plus de deux cents personnes réunies dans l'église, et notamment de tous les enfants attachés aux écoles de garçons, la place qui leur est indiquée se trouvant précisément dans la partie du bas-côté dont les murs ont été renversés [2]."

            La nef a subi d'importants dégâts ; la chaire et une partie du mobilier ont été renversés ; le toit et la charpente ont été ébranlés, et des chutes de gravats sont à craindre. L'église Saint-Aré est momentanément fermée au culte.

            C'est le propriétaire du château, le marquis de Raigecourt, qui porte la plus grande responsabilité. La municipalité envisage d'intenter une action en justice contre lui. Mais, au cours des années précédentes, la commune de Decize n'a pas toujours pris les décisions qu'il fallait prendre.

 

Remploi d'une décoration du château.

 

Des travaux qui se faisaient attendre.

            Des travaux de nivellement et d'aménagement des abords de l'église avaient été entrepris autour de 1835. Il a fallu d'abord exproprier le jardin de Jacques Bijon, un terrain étroit réputé stérile situé entre le bas-côté droit et le glacis du château ; après quelques terrassements effectués dans le cadre d'un atelier de charité (février et mars 1837), les conseillers municipaux ont fait réparer la couverture de l'église.

            Les responsables de la fabrique ont alors alerté le maire (16 mai 1838) : "La nef menace ruine; les fondations de ce temple sont salpêtrées et lézardées ; il est de toute nécessité de démolir cette portion principale de l'édifice, pour la reconstruire à neuf le plus tôt possible." Le conseil municipal, qui avait déjà consacré 1200 francs en 1834, 1400 francs en 1835 et 303,69 francs en 1837 aux travaux de l'église, et qui avait dû recourir à un impôt extraordinaire, a refusé de voter toute autre dépense ; la commune de Saint-Léger, qui aurait dû participer à cet effort, puisqu'elle était rattachée à la paroisse de Decize, n'avait pas versé le moindre centime. Le 5 février 1840, le conseil de fabrique revient à la charge. Un devis a été établi par des entrepreneurs de la ville : 17000 francs sont nécessaires ; la paroisse compte utiliser 3000 francs qu'elle possède (le legs de Jacques-Archange Cartier) ; une souscription doit rassembler autour de 5500 francs ; la commune pourrait apporter les 5500 francs qui manquent. Le curé Deplaye a joint à sa requête un plan, une copie du devis et le livre de comptes de la fabrique.

            Mais d'autres travaux semblent plus urgents : le toit de la halle aux grains est percé, il faut abattre une centaine de peupliers qui menacent de tomber. "Les habitants de Decize ne s'empressent pas de répondre à l'appel qui leur a été fait par Mr le Curé" et la municipalité "demande à Saint-Léger de participer". Une subvention de 1370,24 francs est enfin votée, pour de nouveaux travaux de terrassement. Cette somme ne servira pas à la réfection de l'église. Le propriétaire du château, M. de Raigecourt [3], propose à la ville la jouissance gratuite du château et des jardins attenants pour une période de dix ans, à la condition expresse qu'un hôpital y soit installé, desservi par les soeurs de la Charité. L'ancien hôpital est insalubre. La municipalité accepte, après quelques tergiversations, qu'un hospice soit installé dans l'ancien logis du château : une rampe est aménagée entre le portail de l'église et le château. Cette rampe se faufile entre les énormes moellons et les éboulis des remparts ; ces aménagements nouveaux contribuent à les rendre encore plus instables.

 

            Et, trois mois plus tard, le mur du château s'écroule dans l'ancien jardin du sieur Bijon et sur la nef de l'église Saint-Aré...

            Provisoirement, l'ancienne chapelle des Clarisses sert d'église paroissiale ; elle est prêtée par M. Charpin, récent acquéreur d'une partie de l'ancien couvent.

 

 

Tourelles dominant la Boire.

 

La restauration de l'église et de son quartier.

            Avant d'entreprendre les travaux, il faut assurer leur financement. Une imposition exceptionnelle - une de plus - est organisée : à raison de deux centimes par franc sur les contributions déjà prévues. Le gouvernement promet 5700 francs. Le devis a été réduit à 9400 francs.

            A ces dépenses s'ajoute une exigence du marquis de Raigecourt : il déclare qu'il cède définitivement tous les terrains qu'il possède contre 7000 francs. La municipalité refuse. Une entente est enfin trouvée le 4 novembre 1845 : le marquis ne demande plus rien pour lui, mais il exige que la ville fasse construire un hospice (devis établi à 15000 francs). Cette clause ne sera pas respectée, car la ville doit faire face à d'autres dépenses simultanées : destruction et reconstruction de la tour de l'horloge, entretien des chemins, aménagement de quais et... reconstruction de la nef de l'église.

            La réparation de l'église dure cinq ans. Les décombres des murs effondrés sont enlevés par l'entrepreneur Sauret ; l'ancien cimetière est définitivement désaffecté [4], ce sera désormais le jardin du curé; la municipalité désire abattre un mur hideux entre l'église et le château et aménager une promenade plantée de tilleuls entre les deux portails, mais le préfet refuse [5]. Le bas-côté droit et la chapelle sont reconstruits. Plusieurs chapelles sont supprimées pour élargir la nef. Le 24 mai 1852, la châsse qui contenait les restes de saint Aré est transférée d'une niche percée dans le choeur à la crypte ; des ossements sont ajoutés en 1854 [6]. Quant à la commune de Saint-Léger, qui "depuis plus de cinquante ans est administrée pour le spirituel par la paroisse de Decize", et qui a toujours fermement refusé de contribuer aux travaux de Saint-Aré, elle réclame en décembre 1846 la construction d'une église succursale ; le conseil municipal de Decize s'y oppose.

 

L'hôpital et les ruines du château.

            Le marquis de Raigecourt s'est débarrassé des ruines du château en les cédant à la ville. Les municipalités Donjan puis Tresvaux de Berteux rechignent à s'engager dans de nouvelles dépenses. Enfin, en septembre 1849, l'hôpital peut s'installer dans les locaux rénovés du logis, dernière partie habitable du vieux château, surplombant les remparts et la Boire du Clou. Cependant, la ville se désengage assez vite. En 1860, il est décidé que les soeurs de la Charité prendront désormais à leur charge tous les frais de nourriture des malades admis à l'hospice, civils ou militaires, moyennant une rétribution fixe de 75 centimes par journée de présence. Le renouvellement du mobilier, du linge, de la literie et des médicaments n'est plus assuré par le budget communal. L'hôpital bénéficie heureusement d'importants legs : Mme Veuve Terreux, Mme Anne-Marie Moricelly, la famille Saulnier, la comtesse du Prat, Jeanne-Zénaïde Donjan permettent aux responsables de l'hôpital de faire face à leurs dépenses. Puisque la commune de Decize n'a pas tenu ses engagements financiers, la donation est annulée. Le marquis de Raigecourt et ses héritiers redeviennent propriétaires de l'ancien château, de l'hôpital et de l'école des soeurs.

            En 1906, en application des nouvelles lois de séparation de l'Eglise et de l'Etat, le conseil municipal décide la construction d'un hôpital qui lui appartienne. Les demoiselles Cliquet cèdent une maison et un terrain situé dans la rue des Fossés, entre les tours des remparts et le pont du faubourg d'Allier. L'année suivante, la ville verse une indemnisation aux locataires pour résiliation de leur bail et l'hôpital est ouvert. Il sera utilisé jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale.

 

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  L'ASSOCIATION DE SAUVEGARDE DES REMPARTS :

 

              Travaux de consolidation des murailles.

 

Juin 1992 : Naissance de l'Association de Sauvegarde des Remparts de Decize.

            L'Association a pour objet :

- De mettre en valeur et assurer la promotion, la conservation et la défense du site de l'ancien Château de Decize, de son enceinte et du Château lui-même ;      

- D'organiser la restauration du site, de ladite enceinte et du Château ;

- De rechercher la participation d'associations, de particuliers, des services publics et des collectivités territoriales dans la réalisation des objets précités [...].

 

8 juillet 1994 : Ouverture de la première tranche de travaux. Réparation d'un mur écroulé.

1998-1999 : Seconde tranche de travaux réalisée par un Chantier d'Insertion. Déblaiement de la partie Sud du Château, consolidation d'une tour. Construction d'un escalier métallique permettant d'accéder à la Statue de la Vierge.

 

LE 29 JUIN 1991 : SON & LUMIERE AU CHATEAU

 

            Après-midi : défilé dans la ville en costumes.

            A 22 h30 , la nuit tombe et le spectacle commence.

            Le site du vieux château est illuminé. Sur un récit et une mise en scène de Marie-Thérèse Baillon, 200 figurants (500 costumes) et des cavaliers évoluent autour des ruines, éclairés par des jeux de lumière.

            Une partie de l'histoire de Decize est évoquée en 22 tableaux (La Tour de Disise, Dame Mahaut, Le Logis des Comtes, Le Lion des Flandres, La Cité Anoblie, Grande Liesse, Les Hôtes célèbres, l'Ecole Sainte-Marie...)

            Ce Spectacle Son et Lumière rassemble plus de 4000 personnes.

            C'est l'aboutissement d'un projet pédagogique du Collège et de l'Ecole Primaire Sainte-Marie.

 

Figurants en costumes.

 

L’Association de Sauvegarde des Remparts a pris ensuite le nom d’Association de Sauvegarde du Patrimoine de Decize.

 

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[1] René de Lespinasse, Le Nivernais et les Comtes de Nevers, Paris, Champion, 1909-1914, tome III, p.531 ; texte repris par Marcel Merle, Decize, son histoire, op. cit., p. 41.

[2]   L'Association, 3 mars 1842.

[3]   Le château, propriété du duc de Nivernais, avait été vendu par ce dernier à son homme de confiance, le notaire Pierre Douette, le 21 mars 1778. Par mariage, il est passé à la famille Mouzat, qui l’a vendu au marquis de Raigecourt.

[4]   Le plus grand cimetière de la paroisse s'étendait, avant 1776, à gauche du choeur et le long de l'actuelle rue Jean-Jacques Rousseau, jusqu'à l'emplacement de l'actuel presbytère ; on accédait à l'église après avoir traversé le cimetière. A la suite de l'ordonnance royale de 1776, la ville de Decize a installé un cimetière au faubourg Saint-Privé ; le vieux cimetière a été progressivement déblayé.

[5]   Il faudra attendre la fin du XXe siècle pour qu’un accès soit ouvert tout autour de l’église.

[6]   Cf. Jean Hanoteau, Guide de Decize, p. 57 à 59.

 

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