III - LA PORTE DU MARQUIS D'ANCRE

 

            C'est la dernière porte monumentale de Decize. Elle faisait partie de l'enceinte établie par Pierre de Courtenay. Elle a été reconstruite en 1468.

            La porte était précédée par un pont-levis enjambant un fossé. Des ouvertures verticales, bouchées par la suite, servaient à remonter les chaînes. Sous la voûte, on distingue parfaitement les rainures de la herse.

            Un petit escalier en colimaçon permet d'accéder à une grande salle de garde.

            La porte du Marquis d'Ancre a appartenu aux seigneurs de Lamenay ; en 1778, elle a été acquise par Guillaume Decray. En 1923, le colonel Paul Tiersonnier, héritier de la famille Decray, l'a cédée à la ville de Decize, à condition qu'un musée soit installé dans la salle de l'étage...

 

Extérieur.

Intérieur.

 

          L'énigme du Marquis d'Ancre.

 

            L'historien Jean Hanoteau propose pour expliquer le nom "une curieuse altération de maquis d'ancres" car la porte dominait autrefois la berge de la Loire, où les bateaux venaient accoster.

 

            Cette étymologie que l'auteur trouve lui-même "curieuse" semble peu sérieuse.

            Le mot maquis, de l'italien macchia, n'est apparu en français qu'en 1775 sous la forme makis ; l'orthographe actuelle n'est prouvée qu'en 1829 (Dictionnaire Robert). La signification de végétation inextricable est encore plus récente. Et la porte du marquis d'Ancre existait déjà au Moyen-Age!

            Cinq personnages ont porté le titre de marquis d'Ancre.

            La terre et châtellenie d'Ancre (près de Péronne) appartenait à la famille de Coucy au début du XVe siècle.

            En 1563, Jacques d'Humières, gouverneur de Péronne, est devenu par héritage seigneur d'Ancre et de Miromont. Ses terres d'Ancre ont été érigées en marquisat par lettres patentes royales de juin 1576.

            Jacques d'Humières, premier marquis d'Ancre, est mort en 1579.

            Son fils aîné, Charles d‘Humières, a été tué le 10 juin 1595, à la bataille de Ham. Il n'avait pas de descendance.

            Sa soeur Jacqueline a épousé cette année-là Louis de Crevant, troisième marquis d'Ancre, officier du roi, gouverneur de Ham puis de Compiègne.

            Louis de Crevant est mort en 1648, âgé de 83 ans. Auparavant, il avait vendu son marquisat en 1610 à Concino Concini, favori de la reine Marie de Médicis, pour la somme de 300000 livres. Apparemment, Concini n’est jamais venu à Decize, mais sous son ministère plusieurs fortifications nouvelles de villes du royaume ont reçu le nom de marquis d’Ancre (près du Havre, on trouve une Digue du Marquis d'Ancre).

            Après la mort de Concini, le roi Louis XIII a fait don du marquisat d'Ancre à son favori Charles d'Albert, duc de Luynes. En 1620, le marquisat a pris le nom de marquisat d'Albert.

            (cf. Dictionnaire de la Noblesse Française, site Internet).

 

            Lequel de ces marquis d'Ancre aurait-il donné son titre à une porte de Decize ? Pourquoi ? Exerçait-il à des fonctions administratives ou militaires en Bourgogne, dans le Nivernais ou le Bourbonnais ? Autant d'hypothèses qui restent à vérifier.

 

Passage obligatoire.

Réplique de la Porte au Golf Miniature

réalisée par Luigi d'Andrea.

 

            Une piste à explorer :

            Un régiment est créé en 1597 par le marquis Philibert de Nérestang, afin de repousser les Espagnols qui menacent Amiens. Le recrutement de ce régiment se fait dans le Bourbonnais, lorsqu'il est réorganisé en 1616 (et le régiment porte le nom de cette province à partir de 1673, il prendra ensuite le numéro 13). Le régiment du Bourbonnais combat plusieurs fois en Picardie au début du 17e siècle. Un bataillon de ce régiment occupera la Caserne Charbonnier de Decize de 1878 à 1914.

            (Cf. Historique du 13e Régiment d'Infanterie, par le capitaine Dagneau, éditions Charles-Lavauzelle, 1891).

 

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