COUP DE FORCE A LA MAIRIE

            Depuis sa réélection de 1787, le maire Melchior Renaud est sévèrement critiqué par ses adversaires. Blondat de Levanges et Laguérenne ne lui pardonnent pas de les avoir battus, ni d’avoir voulu réorganiser l’octroi. Ils adressent un mémoire contre Renaud au ministre Laurent de Villedeuil.

            A l’occasion de la Grande Peur du 31 juillet 1789, Blondat et ses amis reçoivent des armes comme tous les membres de la garde nationale. Ils ne vont pas tarder à s’en servir.

            Le 8 septembre, une assemblée est convoquée à la mairie ; il a été précisé qu’on doit s’y présenter sans armes. Le maire Renaud est pris à partie, chahuté pendant un discours ; des hommes menaçants l’entourent. Il leur tient tête quand, soudain, dix hommes armés de fusils entrent en force dans l’hôtel de ville, commandés par François Aré Blondat-Modérat. Ils prétendent que Renaud, au lieu d’avoir apuré les comptes de l’octroi, a gardé pour lui 1800 livres. Ils « lui portent le poing sous le nez ». Le maire se justifie; Laguérenne s’écrie alors : « Enfants, nous sommes ici pour faire de la besogne ! » Un des intrus se précipite sur Melchior Renaud ; un citoyen courageux l’écarte : « Malheureux, que vas-tu faire ? » L’assemblée se disperse ensuite sans autres incidents.

 

           Le lendemain, les factieux occupent l’hôtel de ville. Vingt hommes armés prennent en otages l’échevin Emiland Ducrest, les conseillers Michel Conquis et Louis Besançon. Ils destituent le maire, rédigent un acte qu’ils prétendent faire enregistrer par le greffier. Ducrest et les deux conseillers parviennent à s’échapper et font venir le lieutenant de la maréchaussée de Nevers. Entre-temps, les auteurs du coup de force se sont envolés… Quatorze mandats de recherche sont lancés contre eux. La plupart se livrent à la police dans les jours suivants.

           Une longue requête rédigée par Renaud, Ducrest et leurs partisans raconte par le détail ce putsch manqué. Le 12 avril 1790, le roi Louis XVI appose sa signature et ajoute les mots « soit communiqué ». L’expression rituelle « car tel est notre bon plaisir » est biffée.

 

Cf. Pierre Volut, Decize, le Rocher et la Révolution, 1789-1799, ch. III.

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