PETITS ET GRANDS VOYOUS

 

               Les cambriolages et les vols en série qui se multiplient dans les années d’après-guerre suscitent des commentaires indignés chez le correspondant du journal local : « Si les forbans ne sont pas chez nous, qu’on nous préserve de leurs méfaits. S’ils sont en nos murs, qu’on nous en débarrasse . » (Le Journal du Centre, vendredi 7 mars 1947).

 

               Parmi les délinquants, il distingue « les petits voyous de douze ans qui sont dans les rues la nuit et tirent au lance-pierre sur les lampadaires . » Les petits voyous, ce sont ces « jeunes mufles, jeunes gens de familles connues et respectables […] qui attendent ordinairement la fin du jour pour se livrer en héros prudents à des exploits beaucoup plus remarqués que remarquables : tirer les sonnettes, frapper les volets, couper les fleurs, piétiner les légumes dans les jardins…  » (Le Journal du Centre, mercredi 17 avril 1946).

 

               Il y a aussi ces deux enfants machinois, âgés de onze et neuf ans, coupables d’avoir volé 500 kilogrammes de charbon de première qualité pendant l‘hiver 1954-1955 ; leur père avait été licencié de la mine ; la famille est condamnée à verser 1000 francs aux fonds sociaux du comité d’entreprise … (Le Journal du Centre, lundi 10 septembre 1956).

 

               D’autres délinquants sont plus dangereux. Elie Lacquit, né à Decize en 1905, appartient à un véritable gang. Accusé du meurtre du sergent-chef Fournier, commis place de la Croix-Joyeuse à Nevers, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité par la Cour d’Assises de la Nièvre en mai 1948. Le procès est très confus, d’autres méfaits de la bande sont examinés, les faux témoignages se succèdent : Marcel Lacquit, le cerveau du gang, obtient l’acquittement ; Lucien Louis, pupille de l’Assistance Publique, est condamné à deux ans de prison. La Cour d’Assises de l’Allier entreprend alors un second procès contre le gang Lacquit, coupable de pillages à Moulins.

 

               Quarante gendarmes du Sud de la Nièvre entreprennent en décembre 1953 une chasse à l’homme entre Decize, Châtillon-en-Bazois et Saint-Benin-d’Azy, afin de mettre la main sur Kervinio, l’homme des bois. Né de parents inconnus le 25 février 1915 à Paris, André Kervinio est très vite devenu marginal, vivant de trafics et de rapines. En 1929, il est venu s’installer à Nevers. De 1937 à 1939, il a travaillé sur le chantier du barrage de Pannecière. Plusieurs fois arrêté, il est soumis à une peine de quinze mois de relégation dans un camp de Dordogne en 1950. D’octobre 1951 à juin 1952, il travaille chez un marchand de bois dans le Maine-et-Loire. Surpris en plein cambriolage, il tire sur le gendarme Renaud puis il disparaît dans la nature. Kervinio est condamné à mort par contumace.

               Il s’est réfugié dans les forêts nivernaises, où il passe quinze mois, menant l’existence des maquisards ; il s‘est constitué de nombreuses cachettes, où il entrepose des boîtes de conserve, du petit matériel, des couvertures. On lui attribue plus de cinquante cambriolages dans la Nièvre, à La Machine, Ville-Langy, Rouy (vol dans l‘église), Trois-Vesvres… Kervinio semble doué d’ubiquité ; on le voit partout, mais il file toujours entre les mailles du filet. Ce sont les gendarmes de Fours qui parviennent à le localiser et l’arrêter à Montigny-sur-Cane.

 

               L’annonceur dénoncé.

              Comme toutes les petites villes, Decize connaît de temps en temps son scandale. En février 1954, la Cour d’Assises de la Nièvre juge le bedeau pervers Georges Migné, 54 ans. Cet homme marié, père de neuf enfants, qui a obtenu la confiance des autorités municipales (il est tambour de ville), des autorités paroissiales (il est bedeau de l’église Saint-Aré) et de l’administration (il est agent des P.T.T.) se révèle un déséquilibré sexuel. Plusieurs enfants l’accusent d’exhibitions, d’attouchements ; il aurait fait avaler un flacon de somnifère à un garçon de 13 ans afin de pouvoir abuser de lui. Le correspondant du Journal du Centre n’a pas de mots trop durs pour qualifier « ce misérable » : « Les Decizois devront changer d’annonceur. La face rubiconde du tambour de ville cachait en effet un ignoble individu. Le misérable est en prison depuis hier . » Georges Migné est condamné à cinq ans de réclusion.

Le Journal du Centre, vendredi 13 février 1953 et mercredi 24 février 1954. Le ton employé dans ces articles et surtout dans les titres accrocheurs dépasse la juste indignation ; on remarque trop souvent une sorte d’acharnement, un plaisir malsain, des journalistes de la presse locale exercé contre les auteurs de ces méfaits. A la fin du siècle, cette dérive est amplifiée par la télévision.

 

Cf. Pierre Volut, Decize et son canton autour de la Seconde Guerre mondiale.

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