Les cambriolages des églises de Decize (1699-1702).

 

          TEMOIGNAGES DE JEAN-BAPTISTE D'ARCY, CURE DE SAINT-PRIVE :

             « La nuit de Noël, entre onze heures et minuit de l’an susdit [1699], pendant que je chantois matines à l’église, un nommé Henry, gendre à maître Samuel Tendron, sellier, chantant la première leçon du premier nocturne, presque tous mes paroissiens estant à l’église, j’entendis un grand bruit vers la grand’porte de l’église. Je crus que quelque personne se trouvoit mal, mais je fus bien surpris lorsque je vis qu'il ne demeurait personne en ladite église que ledit Henry chantant et mon marguillier qui piloit l’encens dans la sacristie.

             Il vint un messager m’annoncer que les voleurs estoient dans ma maison. Ce messager ne m’avoit pas encore tout dit, qu’un autre survint me dire que mon valet qui estoit bourguignon se mouroit.

             Le Bon Dieu me donna en cette occasion, non pas une si grande constance qu’à Job , mais je peux dire que Notre Sauveur que j’adorois pour lors comme petit enfant Dieu et homme en la crèche de Bethléem m’exempta d’un grand trouble que j’aurois deu avoir en cette occasion. Un troisième messager arriva pour me dire que j’allasse donc à ma maison. Je le crus et y allay.

             Personne ne put entrer en la chambre où je couchois et je n’y voulus laisser entrer personne. Je visitay tout et ne trouvay rien à dire. J’en sortis et la fermay à clef. De là, j’entray en celle de mon valet qui n’avoit aucun mal, sinon qu’il estoit fort enroüé à force d’avoir crié au secours, aux voleurs. Et en effet, ils avoient attaqué un pan de muraille de sa chambre à quatre endroits, et celuy qu’ils trouvèrent plus favorable pour leurs méchants desseings répondoit sur son lict, en sorte qu’ayant percé large comme un chapeau avec un coutre de charrüe, et estant près d’entrer, le chaslit leur nuisit. Ils essayèrent de renverser ledit chaslit, mais celuy qui estoit dessus s’esveilla et cria, de sorte qu’ils s’enfuirent, laissèrent le coutre que j’ay pour me servir de mémoire des précautions que je dois prendre pour cette nuit sacrée, par rapport aux mystères de la Sainte Messe qui se dit trois fois depuis Minuit jusqu’à Midy, pour honorer l’heureuse naissance du Sauveur, toujours Sauveur.

               Et je n’ay escrit cecy que pour avertir mes successeurs qu’ils se méfient, car le jour où il ne se devrait faire que de bonnes oeuvres, il s’en fait que de trop mauvaises. Je certifie aussy à monsieur le conservateur des registres que tous baptesmes, mariages et enterremens faits en la susdite année y sont tous faits le 31 décembre. D’Arcy, curé [de Saint-Privé]. »

               En marge et perpendiculairement, le curé d’Arcy a ajouté : « De la Nuit de la Pentecôte, on prit et desroba quatorze rezeaux de bled seigle, chez ledit Tendron, avec les sacs, et ce la mesme année. Les bons jours les mauvaises oeuvres. »

 

               Les voleurs opèrent pendant les offices religieux ; ils s’en prennent aussi aux églises, pendant la nuit du 8 au 9 novembre 1702 : « Les larrons sont entrés dans l’église de St Privé. Ils ont inutilement essayé d’entrer par les portes qui ont bien tenu, quoiqu’ils ayent forcé la serrure de la petite porte, qu’il a fallu faire lever et raccommoder . Ne pouvant donc venir à bout de leurs desseins sacrilèges, ils sont montés par la chapelle de St Antoine, ont cassé la vitre où il n’y avoit point de barreaux, et ont descendu un de ces malheureux impies par une corde dans l’église. Il a ouvert les grandes portes aux autres qui ont cassé le tronc et pris quarante ou cinquante sols qui y estoient.

             Ils en ont mis plus en dépense par leurs fractures et le tort mesme qu’ils y ont fait. Ils ont ouvert un coffre qui n’estoit pas fermé de clef où il n’y avoit rien. Ils n’ont rien pris autre chose.

             Je prie Dieu de les vouloir punir en ce monde, afin qu’ils puissent éviter les rigueurs de Sa justice en l’autre.

             Ils en ont autant fait à l’église St Aré de Decize la mesme nuit, c’est-à-dire cassé et volé les troncs et sont entrés par une laisse de la grande porte qu’ils ont levée.

             Oremus. Laqueis suspendant. »

             Jean-Baptiste d’Arcy a dessiné en-dessous de ce texte deux petits gibets où sont pendus ses deux larrons et une croix. A son époque, la notion d’expiation du péché l’emporte sur le pardon : on punit sévèrement sur terre, de façon à éviter aux pécheurs l’enfer éternel.

              En marge, le prêtre explique comment il avait réussi à soustraire l’argent de la paroisse aux appétits des voleurs. Il avait confié de petites sommes à différents paroissiens en qui il avait confiance : madame Henry mademoiselle Sallonyer et le petit Millon ; lui-même avait entreposé chez lui l’essentiel du trésor de la paroisse.

 

Cf. Pierre Volut, Decize en Loire assise, pp. 266-268.

SOMMAIRE

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NOTES :

Le premier nocturne de Noël est un psaume chanté pendant la veillée qui précède la messe de minuit. « Dominus dixit ad me : filius es tu, ego hodie genui te. Le Seigneur m’a dit : tu es mon fils, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

Job symbolise la résignation : riche subitement ruiné, il accepta toutes les épreuves, la misère, la maladie.

Le réseau est une mesure utilisée pour le seigle, proche du boisseau utilisé pour le froment (environ 13 litres et demi).

Raccommoder se dit alors pour toutes les réparations, pas seulement pour les vêtements.

Une laisse = peut-être un ais, une planche de la porte.

Oremus. Laqueis suspendant = Prions. Qu’ils soient pendus (aux noeuds coulants).