LES DECIZOIS & MACHINOIS DE PARIS

Exploits et méfaits en 1910.

 

            Au début du XXe siècle, plus de cinquante mille Parisiens sont d'origine nivernaise ; c'est l'une des plus fortes communautés d'immigrés dans la capitale. Nourrices venues du Morvan, domestiques, employés de bureau, fonctionnaires, cheminots, ils se sont plus ou moins bien adaptés à leur vie nouvelle. Régulièrement, la presse conservatrice du département déplore cet exode qui vide la Nièvre de ses forces vives.

            L'écrivain Jules Pravieux, qui a lui-même souffert de la vie parisienne (il en a témoigné dans le roman Ami des Jeunes en 1897), prononce à Nevers une conférence intitulée Le Bonheur des Champs. Il oppose un mode de vie idyllique dans un Nivernais rural, tranquille, fortement ancré dans les traditions et la religion, à la misère que doivent endurer des nouveaux prolétaires, logés dans des taudis, soumis à des horaires et à des transports épuisants, ne trouvant d'autres consolations que l'alcoolisme, la prostitution, la délinquance et l'agitation révolutionnaire (Le Journal de la Nièvre, 3 avril 1910). Justement, pour illustrer les thèses de son collaborateur, le Journal de la Nièvre présente quelques faits divers romantiques ou sordides, dont les héros sont Machinois ou Decizois.

 

             Deux cadavres sont découverts, flottant au fil de la Seine à Choisy-le-Roi. Il s'agit d'Augustine Scherrer, domestique chez un parmacien du boulevard Montparnasse, âgée de 21 ans, originaire de La Machine, et de Robert Legée, 28 ans, employé au Bon Marché. Les deux jeunes gens s'aimaient et ils avaient prévu de se marier. Mais les parents Legée ont refusé Augustine et ils ont forcé leur fils à épouser une autre femme. Robert Legée a obtempéré tout en proclamant qu'il retrouverait, tôt ou tard, son Augustine. Un jour, il a fui le domicile conjugal, il a rejoint Augustine sur les berges de la Seine et ils sont allés ensemble vers un monde où personne ne pourrait plus les séparer (Le Journal de la Nièvre, 20 mai 1910, article intitulé Les Liaisons tragiques).

 

              La gendarmerie arrête à Boissy-Saint-Léger un individu qui fouillait un tas d'ordures sur le bord de la route et qui semblait bizarre. C'est Louis Gouy, né à Decize 23 ans plus tôt. L'homme possède un casier judiciaire : il a fait un an de prison militaire pour avoir refusé de porter les armes. En le fouillant, les gendarmes trouvent dans ses poches des lettres injurieuses adressées au président de la République et aux ministres. Au cours de l'interrogatoire, le vagabond revient sur son identité ; il déclare maintenant s'appeler Georges Lagardère ; il aurait 27 ans et viendrait de Montpellier. Qui est-il vraiment ? Un espion ? Un mythomane ? Un fou ? Un escroc ? (Le Journal de la Nièvre, 25 juin 1910).

 

             Le sous-brigadier Jeandot fait partie de ces nombreux Machinois qui sont allés chercher un emploi à Paris. Il est gardien de la paix et il patrouille avec plusieurs collègues près des Halles. Dans la rue Aubry-le-Boucher, la patrouille est prise à partie par un groupe de souteneurs venus venger Liabeuf, l'un des leurs arrêté récemment. La bagarre est violente. Jeandot reçoit un coup de couteau à l'épaule et il est mordu à la main. (Le Journal de la Nièvre, 13 juillet 1910).

 

Cf. Pierre Volut,

Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, p. 339.

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