LE PERE, LA FILLE & L'AMANT

             La femme Moreau, de Saint-Léger-des-Vignes, a un amant, le sieur Bertillot. La liaison est presque de notoriété publique et dure depuis trois ou quatre ans. Seul le mari trompé n'en sait rien...

            Quand Moreau apprend enfin la conduite de sa femme, il lui fait une scène violente, puis il se résigne...

            Moreau et son beau-père, Michel Semé, ont d'autres soucis ; ils font de mauvaises affaires ; ils ont des dettes. C'est alors qu'ils songent à faire chanter l'amant.

            Louise Moreau donne rendez-vous à Bertillot le 30 octobre 1845 à huit heures du soir dans son magasin. Alors que les deux amants sont galamment occupés, Michel Semé et Moreau apparaissent subitement, armés d'une hache et d'une pelle de fer. Sous cette double menace, Bertillot est obligé de signer huit billets de mille francs chacun à l'ordre de Semé.

            Bertillot est libéré. Il porte plainte auprès du juge de paix de Decize, puis à Nevers.

            Le 8 novembre 1845, il fait passer dans l'Echo de la Nièvre une annonce rédigée en ces termes : "Le Sr Bertillot Aîné, négociant et entrepreneur de transports par eau à La Charbonnière près Decize avise ses fournisseurs que seuls sont valables les billets signés par lui."

            Les enquêteurs ont peu d'indices : Semé s'est bien gardé d'aller faire réaliser ses billets. Il les a cachés et nie farouchement, les époux Moreau le soutiennent. C'est Bertillot qui est maintenant accusé de chantage.

            Mais Semé et ses complices ont négligé un tout petit détail. Dans un calepin appartenant à Michel Semé, les gendarmes trouvent plusieurs feuilles déchirées, et ils lisent sur l'une d'elles : "illot aîné". Bertillot reconnaît son écriture. Michel Semé ne peut plus prétendre qu'il ne faisait pas d'affaires avec Bertillot et il avoue qu'il avait fait écrire à sa victime : "J'ai fait huit billets à Moreau. Signé Bertillot Aîné".

            Michel Semé est condamné à deux ans de prison. Les époux Moreau sont acquittés. Et Bertillot devra oublier les charmes de sa maîtresse.

 

Cf. Pierre Volut,

Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, p. 78.

L'Echo de la Nièvre, 9 février 1846.

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