L’affaire Méritte : une escroquerie de 7000 livres.

 

              En 1722, sous l’impulsion du juge Bélard, la municipalité décide, une fois de plus, de reconstruire les ponts. Un arrêt du conseil des aides, obtenu par l’intermédiaire du sieur Faure, autorise le receveur Sauger à consacrer les recettes de l’octroi à ces travaux. Une somme importante est alors délivrée à Méritte, trésorier des ponts et chaussées en résidence à Moulins. Les travaux se font attendre ; le seul chantier ouvert est celui du pont de Crotte et encore il ne s’agit que de la pose d’étais en bois destinés à renforcer les piles. Le 18 septembre 1728, Méritte s’est fait verser sur son compte personnel 7000 livres ; le procédé n’est pas choquant en soi car, à cette époque, une fonctionnaire royal comme Méritte peut également être entrepreneur et adjudicataire de travaux publics.

              Les Decizois s’impatientent car ils ont payé et attendent leurs ponts. Ils portent l’affaire en justice. En 1744, Méritte est condamné à rembourser les 7000 livres ; hélas ! Il a fait faillite et n’est plus solvable. Les habitants de Decize réclament la saisie du seul bien qui lui reste : sa maison sise rue d’Allier à Moulins. Entre-temps, Méritte décède. C’est son gendre et seul héritier, Tirot, directeur des domaines et caissier des troupes à Moulins, qui hérite de l’affaire.

              Tirot est bien au fait des dettes de son beau-père. Il rectifie la facture : il ne s’agit pas de 7000 livres, mais de 6700, car le sieur Milon, adjudicataire du pont de Crotte, a bel et bien reçu 300 livres de Méritte pour les maigres travaux effectués. La justice condamne alors Tirot à payer en deux ans deux fois 3333 livres, 6 sols et 8 deniers, et immédiatement le complément de 33 livres, 6 sols et 8 deniers.

               En janvier 1745, l’intendant Delacroix est replacé par M. de Bernage. A l’occasion de ce changement, les pièces du dossier Méritte-Tirot sont égarées par un dénommé Angrave. Il faut trois ans de recherches pour qu’un sieur Boileau se décide à « faire chercher les papiers et les trouve dans un carton ou portefeuille intitulé Decize » ! La facture du pont de Crotte ne s’élève plus qu’à 250 livres. Le procureur Blondat réclame 300 livres en plus des 6700, pour compenser les frais de poursuite et la supercherie. La justice suit son cours…

               Tirot meurt à son tour en 1759. Il est remplacé par Moret de Varsy. Ce dernier, n’ayant rien à voir avec la famille Méritte-Tirot, refuse de s’intéresser à l’affaire. Enfin, les juges se prononcent : puisqu’il n’y a pas d’argent liquide à saisir nulle part, on saisit la terre de Saint-Martin, ancienne propriété de Tirot passée à sa veuve. La ville de Decize va-t-elle enfin récupérer une partie de ce qui lui a été volé ?

               C’est sans compter avec les juges du Châtelet à Paris, à qui l’affaire a été confiée en 1760. La terre de Saint-Martin était hypothéquée et elle vient d’être saisie par un sieur Branlard, à qui Tirot devait de l’argent. Le dernier recours des Decizois est un conseiller du nom de Tartarin, « contrôleur des restes et bons d’état », qui plaide à la Cour des Aides en faveur de Decize. Sa plaidoirie n’a guère plus d’effet que les tartarinades de son futur homonyme. L’affaire Méritte est close : la ville de Decize a perdu 7000 livres (sans compter les frais de justice).

 

Cf. Pierre Volut, Decize en Loire assise, ch. IX, pp. 166-167 et article paru dans l'hebdomadaire Sud-Nivernais, 1991.

SOMMAIRE

 

*****