Le pyromane Pannetier (1795-1796).

 

                 Jacques Pannetier est né en 1753 aux Brésillots, commune de Cercy-la-Tour. En l’An III de la République, il est journalier. Le 19 Fructidor An III (6 août 1795), Jacques Pannetier est surpris dans l’étable du citoyen Minard à Champlevois, alors qu’il s’apprêtait à voler des moutons. A Minard qui le conduit chez le juge, Pannetier dit qu’il s’en repentira. Le juge Thévenet condamne le voleur à neuf mois de prison.

                 Pannetier est incarcéré à Decize, puis à Nevers, jusqu‘au 5 Thermidor An IV (24 juillet 1796). Pendant son séjour en prison, le détenu proclame à tous ceux qui l’écoutent que la première chose qu’il fera lorsqu’il sera sorti sera de brûler le juge Thévenet. Le sabotier Charoy l’a entendu dire que Thévenet sera « plus chaud que froid » et que s’il ne peut lui faire du mal à lui, il mettra le feu dans l’un de ses bâtiments. Des propos confirmés par le marchand Jean Lauvergeon, demeurant à La Collancelle, détenu à la maison d’arrêt de Nevers à cette époque.

                  Le 6 Thermidor An IV, entre 10 heures et 11 heures du soir, un bâtiment de la ferme appartenant à Thévenet, aux Arrreaux, s’enflamme et brûle entièrement. Ce bâtiment, long de 108 pieds et large de 28, contenait une grange, un fenil et deux chambres de domestiques. La perte est importante pour le propriétaire, car les récoltes de foin et de froment étaient entassées dans la grange et le fenil ; 5 veaux, une jeune taure de 20 mois, deux gros cochons et un petit, ainsi que toute la volaille sont brûlés vifs. Les domestiques ont heureusement pu s’échapper, mais personne n’a réussi à maîtriser l’incendie. Aucune bougie ne se trouvait dans ce bâtiment et l’habitation principale est trop éloignée pour qu’une brindille échappée d’une chandelle ou d’une cheminée ait pu venir embraser la grange. C’est sans aucun doute un incendie criminel.

                   Thévenet n’est plus juge ; il a été remplacé par Jean-Marie Charpin. Celui-ci a entendu parler du retour à Cercy de Jacques Pannetier. Plusieurs paysans lui apprennent que l’ancien prisonnier veut tuer Thévenet et qu’il ne cache pas sa haine. Les enfants et la femme de Pannetier auraient eux-mêmes proféré des menaces. Pannetier est convoqué par le nouveau juge et, malgré ses dénégations, il est inculpé d’incendie criminel. Une vingtaine de témoins déposent contre lui.

                   Conformément à l’article 32 du Code Criminel, le juge Charpin rend son verdict le 2e jour complémentaire de l’An IV : « Jacques Pannetier sera conduit sur la place publique, revêtu d’une chemise rouge, pour y avoir la tête tranchée. » En attendant, le pyromane regagne la maison d’arrêt de Nevers. Mais il fait appel à Moulins.

                   Le 17 Brumaire An V, le jury confirme la première sentence. Pannetier a, cette fois, reconnu sa culpabilité. Comme il n’a présenté aucun mémoire pour sa défense, le tribunal de Moulins rejette l’appel.

                   Pannetier est donc guillotiné car l’incendie, la destruction volontaire de cheptel ou de matériel agricole sont passibles de la mort. Il reste le signalement de cet homme dans les archives judiciaires : taille : 5 pieds ; cheveux et sourcils châtains ; yeux gris ; nez ordinaire ; bouche moyenne ; menton rond ; visage ovale ; signe particulier : le doigt du milieu de la main droite est beaucoup plus court et tortillé .

 

Cf. Pierre Volut, Sud-Nivernais, 1991

et version C.D. de Decize, le Rocher et la Révolution, 2006.

 

SOMMAIRE

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Archives Départementales de l’Allier, cote L 1192 ; et Sud-Nivernais, série La justice d’Autrefois, 1991-1992.