L'AFFAIRE THEULOT (1909)

 

            "Deux drames sanglants à Decize" annonce Le Journal de la Nièvre du 24 novembre 1909. Deux jours plus tôt, dans la matinée du lundi 22, l'aubergiste Thomas qui se promenait dans les bois de Brain a entendu un coup de feu. Il a cru que c'était un braconnier. Quelques instants plus tard, un habitant de Devay, M. Mennu, qui passait par-là lui aussi, a été attiré par des gémissements venant des fourrés. Etendu dans son sang, M. Jardillier, garde chez M. Clément au château de Marcy, agonisait. La victime avait 49 ans et laissait une veuve et plusieurs enfants.

             L'enquête menée par les gendarmes de Decize révéla que le coup avait été tiré de très près (un mètre à un mètre cinquante). Le fusil avait été chargé de plomb, mais à cette courte distance, le plomb avait fait balle et avait traversé le buste de M. Jardillier en frôlant le coeur et en provoquant des hémorragies internes irrémédiables.

             Le même jour, François Theulot, un individu qui vivait à l'état sauvage dans une cabane rue de la Raie, prit son fusil et ajusta une brave dame qui passait dans la rue, Mme Merle, l'épouse d'un jardinier. Touchée par plusieurs plombs, Mme Merle a trébuché sur une vingtaine de mètres et elle s'est effondrée morte. Theulot s'est ensuite barricadé dans sa baraque et il a crié qu'il était prêt à tirer sur tous ceux qui approcheraient. Les gendarmes ont dû faire appel à un peloton de soldats du 13e R.I. qui ont établi un cordon sanitaire tout autour du forcené.

             En fin de soirée, les soldats ont mis en batterie une forte pompe à eau et ils ont inondé la cabane de Theulot. Puis, ils ont lancé des pierres pour vérifier si l'assiégé réagirait. Aucune réaction et pourtant une partie du toit s'était effondrée. L'assaut a été donné, sans rencontrer aucune résistance. Theulot s'était suicidé d'une balle dans la tête ; l'examen de son cadavre par un médecin prouva que sa mort remontait au début de l'après-midi, juste après le début du siège. Theulot avait 35 ans. Il était venu du Creusot. Il semblait privé de sa raison et fuyait habituellement tout contact avec les gens du quartier.

             Une semaine après ce double drame, le cadavre d'une jument appartenant à M. Prost est trouvé dans un gour, près de Devay. L'animal a été tué d'un coup de fusil. Faut-il attribuer ce méfait à Theulot ? C'est la piste que suivent les enquêteurs. Après expertise des balles et charges de plomb, les gendarmes concluent que c'est Theulot qui a tué la jument. Maintenant, des témoins affirment l'avoir vu rôder entre Devay et Brain autour de midi, le lundi 22. Il allait fréquemment pêcher ou braconner sur les bords de la Loire... L'affaire Theulot est close (Le Journal de la Nièvre, du 24 novembre au 12 décembre).

             Les gendarmes redoublent de sévérité envers les rôdeurs. Au cours du mois de décembre, une dizaine de vagabonds sont arrêtés et déférés à la justice. Une nouvelle énigme vient s'ajouter aux forfaits de Theulot : dans un champ de Brain, on trouve un colis contenant un costume. S'agirait-il d'un exploit posthume de cet étrange personnage ? Un commerçant de Decize reconnaît que ce costume a été volé chez lui, mais nul ne sait ni ne saura par qui (Le Journal de la Nièvre, 5 décembre 1909).

 

Cf. Pierre Volut,

Decize et son canton au XIXe siècle et à la Belle Epoque, p. 329.

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