L'HOPITAL AUXILIAIRE N°3 DES MINIMES [1]

            La Croix-Rouge de Decize.

            Le premier juin 1896, une Société de Secours aux Blessés Militaires des Armées de Terre et de Mer est créée à Decize sous le pavillon de la Croix-Rouge. Cet organisme comprend deux comités : le comité des hommes présidé par le comte Etienne de Dreux-Brézé, et le comité des dames, présidé par la comtesse de Dreux-Brézé.

            En 1903, un hôpital auxiliaire pour 20 blessés militaires est organisé dans les locaux de l'école des Minimes, appartenant au comte de Dreux-Brézé. Le ministère de la Guerre autorise cet hôpital le 11 juin 1905. Le 29 octobre 1913, l'assemblée générale extraordinaire de la S.S.B.M. de Decize nomme le comte de Dreux-Brézé administrateur de l'Hôpital Auxiliaire du Territoire n°3.

 

 

            LíHôpital Militaire des Minimes.

            Le 4 août 1914, cet hôpital est opérationnel. La semaine suivante, sa capacité est portée de 20 à 44 lits, puis à 59 lits au premier octobre et 68 lits à la fin de l'année. Les élèves internes de l'école des frères sont logés en ville et au Château de Germancy, ce qui libère deux dortoirs.

            En novembre 1915, l'hôpital auxiliaire n°3 peut accueillir 110 malades ; avec l'ouverture de deux annexes, il en reçoit jusqu'à 126. La grande salle du patronage (ancienne église) héberge les soldats en convalescence ; des spectacles et des conférences de soutien à la Croix-Rouge s'y tiennent régulièrement.

            Pendant la durée du conflit, 2214 blessés et malades ont été soignés aux Minimes. Le total des journées d'hospitalisation s'est élevé à 93597. Il n'y eut que douze décès.

            En récompense de leur travail, les infirmiers et infirmières bénévoles ont reçu des diplômes et insignes de la Croix-Rouge. La médaille de la Reconnaissance Française a été décernée au comte et à la comtesse de Dreux-Brézé, généreux donateurs.

 

            Le comte et la comtesse de Dreux-Brézé ont été enterrés dans la chapelle de líécole (actuelle salle Olga-Olby).

 

            La Grippe espagnole.

            Le 11 juillet 1918, la grippe est signalée à Decize. Pour endiguer la contagion, des conseils sont donnés à la population : 1° faire bouillir l'eau ; 2° se laver les mains avant les repas ; 3° éviter de consommer des crudités ; 4° éviter le contact des foules [2].

            Les premières semaines, il n'est pas facile d'identifier cette maladie. Un médecin neversois chargé de la prophylaxie déclare au plus fort de l'épidémie : "Nous ne savons pas au juste à quelle époque a débuté l'épidémie actuelle d'influenza car il y a eu, cet été, de très nombreux cas d'intoxication gastro-intestinale, comme il s'en présente parfois pendant les chaleurs et qu'on a parfaitement pu confondre avec des cas de grippe des voies digestives [3]." Toutefois, cette épidémie se répand très rapidement dans une population mal nourrie, angoissée, affaiblie après quatre ans de restrictions, et encore plus vite chez les blessés, convalescents des hôpitaux militaires.

            M. Archambault, adjoint faisant fonction de maire de Decize - qui va bientôt être emporté par l'épidémie et l'épuisement - déplore lui aussi une situation sanitaire dangereuse. Il n'y a à Decize qu'un seul médecin militaire et le docteur Dejean, "médecin civil très actif". Tous les locaux sont déjà occupés : l'hôpital, l'école primaire supérieure, les Minimes, Corcelles, Chevannes, le camp de Caquerêt... "La plupart des malades devront être soignés chez eux..."

           

            A Decize, l'épidémie commence au milieu du mois de septembre à l'hôpital auxiliaire n°3 des Minimes ; plusieurs cas bénins se déclarent ; une dame chargée de l'approvisionnement est contaminée, elle décède.

            Le 9 octobre 1918, le docteur Dejean signale au préfet le développement brutal de l'épidémie à Decize : "L'épidémie de grippe s'est manifestée depuis hier à l'école libre des Minimes. Une vingtaine de pensionnaires sont alités. [...] Le directeur va renvoyer chez eux les pensionnaires encore indemnes, car les faire coucher dans les dortoirs avec leurs camarades malades serait les condamner à contracter la grippe. il désinfectera les salles avant leur retour. A l'Ecole Primaire Supérieure, hier un pensionnaire seul était atteint; aujourd'hui ils sont cinq. [...] Dans la population civile, une dizaine de cas se sont produits hier, et aujourd'hui cinq à six autres."  

            A la fin du mois d'octobre, la garnison est touchée : le médecin militaire signale 7 cas, tous bénins.

            Au début de l'année 1919, la grippe semble en décroissance. Un malade meurt encore à Béard, deux à Neuville-les-Decize.

 

 RETOUR

 

[1] Cf. Pierre Volut, Le Canton de Decize pendant la Première Guerre mondiale.

[2]    La Tribune Républicaine, 9 octobre 1918 et A.D.N., cote 2717.

[3]    Lettre du docteur Gasztowtt au préfet de la Nièvre, 7 octobre 1918, A.D.N., cote M 5200.